Uyuni & Sud Lipez : plus blanc que blanc !
Il est 8 heures tapantes lorsque nous montons dans un minibus de la compagnie Estrella del Sur, une des nombreuses compagnies proposant le tour du Salar d’Uyuni et du Sud Lipez. Nous sommes rapidement rejoints par deux autres couples, un américain l’autre allemand, qui seront nos compagnons de voyage pendant les trois prochains jours. Une fois les formalités douanières chiliennes remplies, nous nous dirigeons vers le Paseo de Jama, à destination de l’Argentine, avant de soudainement bifurquer sur une piste au niveau du Licancabur. Après une petite heure de route, nous tombons sur le poste frontière bolivien qui ressemble bien plus à une maison abandonnée qu’à un bâtiment officiel. Un coup de tampon plus tard et une petite vanne sur la défaite de l’équipe de France, et nous voilà dans un nouveau pays.
Des jeeps arrivent et larguent leurs passagers ayant fait le circuit dans le sens opposé. Celle qui nous est destinée s’approche et une table est dressée pour le petit déjeuner. Quelques « zorros » presque apprivoisés attendent tranquillement la fin de notre repas pour partager nos restes dans la petite décharge à ciel ouvert située à quelques mètres. Une fois l’ensemble des bagages chargé sur le toit de notre véhicule, c’est le grand départ pour la célèbre et (presque) incontournable traversée de l’altiplano bolivien.
Confortablement installés dans le 4x4, nous faisons connaissance avec notre guide Simeon, un bolivien célibataire de 32 ans, un peu rondouillard, mâcheur invétéré de feuilles de coca et très enclin à rire de tout. Dans un dédale de pistes sans aucune indication, il trouve son chemin et manœuvre la jeep avec beaucoup de dextérité. Rassurés, l’ambiance se détend parmi les passagers, et après les premiers moments de réserve, nous discutons distraitement les nez collés aux vitres afin de ne rien perdre des paysages que nous allons traversés.
Après un bref arrêt à l’office de la Reserva Nacional de Fauna Andina Eduardo Avaroa pour acheter nos tickets, nous arrivons à la première attraction : les lagunas blanca et verde, des lacs d’altitude (nous sommes déjà à plus de 4000 mètres) de couleurs différentes. Communiquant, ils ne renferment pourtant pas les mêmes sédiments et minéraux, qui sous l’action du vent et du soleil, leurs donnent leur attrait propre. Contemplant l’eau vert turquoise, nous voilà bien alléchés par cette entrée en matière convaincante : il paraît que le meilleur reste à venir...
Les paysages défilent pendant des heures, tantôt grandioses tantôt insignifiants, du désert de Dali avec ses formations rocheuses posées au milieu d’une mer de sable, à des champs de geysers bouillonnants à 5000 mètres d’altitude, en passant par des sources chaudes où cohabitent les touristes en maillots de bains et les vicuñas venues se rafraîchirent.
Nous arrivons en début d’après-midi au refuge qui nous abritera pour la nuit. Chaque agence y dispose de dortoirs gelés, d’une salle de bain très sommaire sans douche, d’une modeste cuisine...et d’une décharge où s’accumulent les déchets des touristes précédents. Notre couple d’allemands s’offusque d’un tel manque de considération pour l’écologie, surtout dans le cadre d’une réserve naturelle, mais les lamas, mouettes et autres animaux des environs semblent y trouver leur compte… Nous déjeunons rapidement d’étranges saucisses de francfort frites et de crudités avant de nous diriger vers la Laguna Colorada, un lac dont la couleur passe du blanc le matin au rouge le soir. Chacun petit couple marche à son rythme : les américains toujours très bavards en tête, les allemands armés de leurs caméras hyper sophistiquées en queue de peloton, et nous au milieu, marchant tranquillement et échangeant sur nos premières impressions. Nos ressentis sont un peu différents : si Quentin est conquis par les paysages, Céline reste un peu sur sa faim. Peut-être que les (trop) nombreuses photos visionnées sur les divers blogs de voyageurs lui gâchent l’effet de surprise ? Quant au format, le tour ne trouve décidément pas sa place dans nos cœurs, avec ses arrêts imposés, ses contraintes liées aux autres voyageurs et ses déceptions liées à un marketing sur vendeur. Malheureusement, sauf à payer des prix exorbitants pour des excursions sur-mesure ou la location de son propre véhicule, il est bien difficile de sortir du schéma classique pour visiter cette région parmi les plus belles de la Bolivie.
A la nuit tombée, après avoir observé quelques flamants et fait la connaissance d’une caravane de lamas, nous rejoignons le camp où nous avons l’heureuse surprise de retrouver Marina et Emeric, nos compères d’Iguazu. Nous étions restés en contact depuis et à plusieurs reprise avions essayé de nous retrouver en chemin mais sans succès…Un coup du sort, nous aura donc réuni pour la soirée, même si notre affiliation à des tours différents ne nous autorise pas à partager la même table pour le dîner ! Nous discutons des derniers évènements et des prochaines étapes du voyage, espérant pouvoir nous recroiser avant Paris, même si leur planning est assez serré sur les prochaines semaines. Le réveil matinal qui les attend nous contraint à prendre congés et, quittant cette ambiance chaleureuse, à rejoindre nos quartiers glacés.
Malgré les couches de vêtements et nombreuses épaisseurs de couverture, nous avons bien du mal à nous endormir à une température quasi polaire. L’altitude conjuguée aux vapeurs de soufre à nouveau inhalées dans la journée nous donne un étrange mal de tête, qui ne facilite pas le repos. Le réveil est par conséquent bien difficile, surtout pour Quentin dans un état vaseux et nauséeux. Heureusement, un café et un gros cachet d’aspirine le remettent sur pieds, et requinqué, il fait même une petite blague à Simeon en déplaçant et cachant le 4x4 dans lequel nous avons pris place en l’attendant.
Nous parcourons à nouveau de nombreux kilomètres, nous arrêtant pour prendre quelques photos de l’Arbol de Piedra, voir une nouvelle montagne aux sept couleurs, marcher le long de certains lacs de la Ruta des Joyas et y chasser les flamants, assister (de loin) à une fête de village très alcoolisée, et finalement rejoindre la maison familiale de Simeon pour passer la nuit. La journée, sans être complètement décevante, ne nous aura pas révélé autant de beautés que la veille…et que le lendemain, nous l’espérons, avec le fameux Salar d’Uyuni ! La soirée s’écoule tranquillement et un peu moins fraîchement autour d’un repas préparé par la doyenne de la famille, avant que chacun ne regagne sa chambre et ne s’endorme en prévision du réveil matinal du lendemain.
A 5 heures, Simeon sonne en effet le clairon : il nous faut nous dépêcher de charger la voiture si nous souhaitons arriver au Salar avant le levé du soleil. Bon gré mal gré, nous faisons notre paquetage et prenons place dans jeep, tous encore un peu endormis. Après une petite heure de route dans une nuit profonde, nous atteignons le Salar et glissons rapidement sur l’immensité de sel. Ici, tous les spots sont de choix avec une vision à 360° sans aucun obstacle sur le blanc pur qui nous entoure. Nous attendons les premiers rayons du soleil en faisant quelques exercices de gymnastique pour nous réchauffer, sur le sol craquant et carrelé de formes géométriques étrangement répétitives. Nos efforts et notre attente sont récompensés par un spectacle de toute beauté ! Le soleil a rendez-vous avec la lune dans ce petit coin de paradis désertique…
Quelques kilomètres plus loin, un étrange ilot de cactus, Incahuasi, se dresse au milieu des salines. Nous y petit-déjeunons de pancakes avant de crapahuter au milieu des cactées où se cachent des lapins sauvages, et atteindre son modeste sommet qui offre une vue donnant toute la mesure du Salar. En redescendant, nous sommes surpris de découvrir que la roche est en fait un mélange de pierres volcaniques et de restes de coraux. En un autre temps, la petite ile devait sûrement être un volcan immergé dans un immense océan recouvrant toute la région.
Alors que nous en faisons le tour pour nous dégourdir, nous apercevons deux gros véhicules à l’autre extrémité : l’un d’eux appartient à un couple de français parti pour trois ans autour du monde à bord d’un énorme 4*4, moyen de transport mais aussi petite maison…Nous discutons un peu avec le jeune propriétaire avant que Simeon ne nous rappelle à l’ordre et ne nous réembarque pour la suite du programme. Un vieil hôtel de sel, des mines de sel encore manuelles et un village misérable plus tard, nous arrivons à Uyuni.
Il est à peine 11 heures et nous sentons bien que Simeon cherche à se débarrasser de son équipage le plus rapidement possible. Nous insistons malgré tout pour visiter le cimetière des trains prévus dans le programme, même si celui-ci ne présente aucun intérêt sauf celui de nous faire découvrir des environs envahis par les détritus et sacs plastiques. Uyuni n’a pas bonne réputation parmi les voyageurs et nous comprenons bien pourquoi : une ville glauque, sale, sans aucun attrait, que nous avons décidé de quitter le soir même malgré la fatigue.
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En attendant notre bus de nuit pour Sucre, nous patientons toute l’après-midi dans un bar où est retransmise la coupe du monde foot. Nous y dressons le bilan des trois derniers jours : malgré quelques moments un peu creux et des nuits difficiles, nous en garderons un excellent souvenir et tout particulièrement du Salar d’Uyuni qui ne faillit décidément pas à sa réputation. En revanche, l’entrée en matière sur les villes boliviennes ne nous inspire guère et nous fait un peu craindre pour la suite du voyage. Après le break très « occidental » de l’Argentine et du Chili, nous ne sommes peut-être plus habitués aux villes pauvres et délabrées, que la froideur des habitants n’égaye guère.
Date : du 25 au 27 Juin
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