Ascension du volcan Lascar : on ne fait pas les lascars…
4h30, notre réveil sonne. Nous nous levons prestement et une fois habillés, nous attendons l’arrivée de notre guide. Dans la ville endormie, aucun bruit ne se fait entendre hormis, au loin, les aboiements des meutes de chiens. Le ciel étoilé est superbe et aurait mérité à lui seul ce réveil. Après quelques minutes, un van apparait. Nous ne pouvons plus faire demi-tour, il va falloir y aller.
Malgré l’excitation, nous avons du mal à rester éveillés dans la voiture. Au bout d’une bonne heure et demie de route puis de piste, le soleil se lève pour nous offrir un beau spectacle sur le désert. Nous gagnons progressivement en altitude mais ne savons pas vraiment où nous sommes et où nous allons : nous suivons des traces de pneus avant de les quitter pour en suivre d’autres, au milieu de nulle part. Heureusement, notre guide semble savoir ce qu’il fait ! Alors que nous arrivons près d’un magnifique lac d’altitude, il fait une pause et nous invite à faire un petit exercice de respiration pour nous acclimater. Le Lascar n’est plus très loin : entourés d’autre volcans, il semble assez banal avec son cône tronqué ! Nous nous inquiétons tout de même d’y voir accrocher des nuages : pas de mauvais temps en vue, mais une importante vaporisation liée à la différence de température part rapport au cœur du volcan en activité. Là-haut, entre le vent, les nuages, les fumerolles, les températures basses, nous imaginons bien que ce ne sera pas de tout repos.
Nous parcourons à bord du van les derniers kilomètres qui nous séparent du géant et tentons en vain de monter jusqu’au camp de base où débute l’ascension. La piste est tellement mauvaise que le véhicule patine dans les graviers et nous sommes contraints de nous arrêter plus bas que prévu. Plus bas, c’est-à-dire à environ 4800 mètres, soit déjà l’altitude du Mont Blanc ! Pensée curieuse avouez-le !
Notre guide nous prépare un petit-déjeuner de champions, 100% naturel et bon pour la digestion insiste-t-il : petit sandwich de fromage/jambon de poulet/avocat, yaourt avec banane, boissons chaudes. Nous prenons notre temps pour le déguster et bien nous acclimater au manque d’oxygène et à la température. Pour le moment, tout se passe bien : certes, il fait bien froid mais nous n’avons aucun symptôme lié au mal des montagnes.
Il est temps de nous habiller pour l’ascension : alors que nous rajoutons quelques couches chaudes à nos vêtements de tous les jours et chaussons nos bottines de marche, notre guide se revêt de vêtements de compétition entre combinaison intégrale, cagoule et masque de ski. Nous nous regardons un peu surpris et légèrement apeurés : dans nos tenues de petits joueurs, arriverons-nous à affronter les éléments ?
Le départ est sonné pour les 650 mètres de dénivelé à parcourir : en file indienne, le rythme des pas donné par le guide, et en marquant bien notre respiration, nous entamons l’ascension. C’est la première fois que nous marchons à une vitesse aussi réduite : un pas devant l’autre, inspiration-expiration, sont les seules choses auxquelles il faut penser. Très concentrés, nous ne relevons que rarement la tête. Quelques pauses nous permettent d’admirer le paysage et en particulier le lac dont la couleur devient de plus en plus intense, ainsi que de mesurer notre progression par rapport à la voiture en contrebas, qui petit à petit se transforme en fourmi.
La progression est parfois rendue difficile par les dérobées du sol caillouteux sous nos pieds. Par moment, nous sentons notre rythme cardiaque s’accélérer et avons l’impression de suffoquer, mais en se concentrant à nouveau sur notre respiration, tout revient vite à la normal. Quand le mal de tête commence à se faire sentir, Céline doute de sa capacité à atteindre le sommet. Les effluves de soufre, qui deviennent de plus en plus présentes, n’arrangent pas les choses. Il est vraiment frustrant de se sentir limité, non pas par la force physique ou par une respiration difficile, mais par un « simple » mal de crâne…Heureusement, quelques petits raisins secs lui apportent un regain de motivation.
Au bout de cinq heures d’une montée en serpentin de seulement 6 km, nous atteignons enfin le bord du cratère. Nous savourons notre petit exploit à quelques 5450 mètres d’altitude et profitons de la vue : à nos pieds, l’antre de la bête et ses nombreuses fumerolles ; au loin, la chaîne des volcans dont le fameux Licancabur. A cette heure avancée, la poursuite de l’excursion jusqu’au pic du volcan (5600 mètres) nous est impossible. Déjà bien contents d’avoir atteints « ces sommets », nous prenons volontiers le chemin du retour et le dévalons en moins de 50 minutes sans trop de peine.
La vue du van arrive comme une délivrance, la fatigue commençant à se faire sentir dans nos jambes. Nous n’avons pas le courage de nous rechanger et prenons rapidement place à bord, au chaud, un peu somnolents. Sur le trajet, nous observons de drôles de bêtes à quatre pattes (mais sans tête vue de loin) qui se dérobent en courant devant le véhicule : il s’agit de vicuñas, sortes de guanacos à petites têtes qui vivent dans ces contrées reculées et arides. Après trois heures de piste qui nous éloignent progressivement de notre cher Lascar, nous retrouvons San Pedro à nouveau de nuit, ravis de notre journée. L’objectif de la soirée est simple : après avoir changé quelques pesos en bolivianos, boire des litres de lait et aller se coucher. Demain, nous gagnons la Bolivie !
Date : le 24 Juin
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