Sucre : mélancolie sucrée salée

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De Sucre, nous retiendrons sûrement plus notre trajet pour s’y rendre que notre séjour dans la ville. En effet, décidés à quitter Uyuni le plus vite possible, nous contractons des billets auprès d’une compagnie assurant le voyage de nuit en deux temps : Uyuni-Potossi-Sucre avec un changement de bus à Potossi sur les coups de 2 heures du matin. Nous embarquons confiants dans un bus pas si inconfortable que nous ne nous l’étions imaginés. Certes, ce n’est pas le bus cama argentin, la route n’est pas asphaltée et nous sommes un peu bousculés, mais nous arrivons malgré tout à trouver un demi-sommeil. Arrivés à Potossi, alors que la grande majorité des passagers et les quelques touristes descendent, on nous demande de rester à bord pour pouvoir effectuer le transfert avec le bus de Sucre. Nous attendons tout d’abord un certain temps au même endroit, puis redémarrons et allons nous poster plus loin. A chaque bruit de moteur naît une lueur d’espoir, mais après une heure d’attente, on nous informe que le bus pour Sucre ne viendra pas. Nous qui avions décidé de ne pas nous arrêter à Potossi, nous y voilà coincés pour la nuit ! La majorité des voyageurs y font effectivement une halte non pas pour les vestiges coloniaux mais pour visiter en priorité ses mines où les conditions des travailleurs y sont particulièrement insoutenables. Les descriptions ne manquent pas sur les blogs et nous avons décidé de boycotter cette attraction que nous jugeons voyeuriste et ne contribuant pas nécessairement à l’amélioration des conditions de travail des pauvres mineurs.

A cette heure bien avancée de la nuit, il est sans dire que trouver un hôtel ouvert est impensable, et attendre dehors dans la ville la plus haute du monde une hérésie. « Par chance », le boy du bus nous propose de passer la nuit dans le véhicule en attendant le premier bus pour Sucre le lendemain matin. Nous nous installons donc tant bien que mal, emmitouflés dans nos sacs de couchage et nos doudounes, essayant de trouver la position la moins inconfortable et un peu de chaleur pour dormir. Après quatre heures de pseudo-sommeil, les deux autres passagers quittent le bus et nous finissons par comprendre du boy qu’il va falloir nous rendre par nos propres moyens à la nouvelle gare routière d’où partent les bus pour Sucre. Nous déambulons dans les rues et finissons par prendre un taxi qui nous conduit effectivement à l’autre bout de la ville. Les choses se simplifient quelque peu dans la station qui ressemble à ses cousines argentines : nous achetons facilement nos billets et prenons place dans le bus pour nous y rendormir, devant l’acteur favori des Boliviens : Antonio Banderas.

Après cette mésaventure, nous passons deux jours et demi tranquilles, à nous reposer et nous balader dans la jolie Sucre. Le centre-ville, où nous logeons dans un alojamiento tenu par un français, regorgent de vestiges coloniaux, de petites ruelles animées et de places arborées, dont la beauté tranche avec les villes que nous avions rencontrées jusque là. Nous sommes un peu déçus de ne pas arriver à visiter une seule des nombreuses églises, qui sont étrangement toute fermées dans la journée.

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Sur les conseils de notre hôte, nous découvrons le principe de l’almuerzo : un déjeuner complet constitué d’une soupe, d’un plat de viande et de féculent et d’un dessert, à un prix défiant toute concurrence (entre 15 et 20 BOB soit moins de 2,5€). Nous tentons aussi les chocolats, spécialités de la région, plutôt de très bonne qualité.

Devant les bâtiments d’un blanc éclatant, sous les balcons de bois, des passants bien différents se pressent : les Boliviens au teint clair, habillés à l’européenne, leur attaché case à la main, tranchent avec les indiennes dans leurs jupons bouffant et leur chapeau melon étriqué, portant une cargaison mystérieuse dans des baluchons colorés. Cette mixité est pourtant fragile et sous des airs de modernité et de dynamisme, nous sentons bien de la pauvreté en latence juste à la lisière du centre-ville où nous pouvons observer des représentations flagrantes d’alcoolisme et de mendicité.

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Entre deux sorties, nous « travaillons » le planning pour la suite du voyage : une nouvelle fois, il nous est difficile de nous décider sur les prochaines étapes, et un sentiment un peu étrange par rapport au pays nous envahit. Décrit comme regorgeant de merveilles, nous ne savons pas trop par où commencer sans essuyer des déceptions comme en Birmanie ou en Indonésie. Nous n’arrivons pas à nous sentir complètement à l’aise et, la perspective de journées de transport difficiles, d’auberges un peu crasseuses, d’une alimentation basique, entament sérieusement notre motivation à poursuivre la découverte du pays. Nous aurions bien pris des cours intensifs d’espagnol ou visité l’Est du pays, moins touristique avec ses missions jésuites et ses parcs nationaux, mais nous redoutons de « gaspiller » un temps qui nous devient de plus en plus précieux. En effet, à deux mois du retour, la mélancolie commence à pointer son nez : un temps si long et si court à la fois, une envie de retrouver son chez soi et de poursuivre le voyage indéfiniment…Nous sommes pris entre deux feux.

Comme une décision s’impose, nous optons pour la capitale La Paz comme prochaine escale, d’où nous pourrons rayonner sur les incontournables boliviens ou décider de passer au pays des Incas, le Pérou.

Date : du 28 au 30 Juin

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