Rurrenabaque et le parc Madidi : jungle boogie

La route qui mène de La Paz à Rurrenabaque n’emprunte plus aujourd’hui le tronçon dénommé « route la plus dangereuse au monde » devenue le paradis de vttistes. Jusqu’à Coroico, la route est désormais goudronnée et permet d’apprécier de façon beaucoup plus sereine le paysage lors de la descente vers les Yungas. C’est après que cela se corse : le goudron est remplacé par une route caillouteuse tandis que les lacets et les précipices (certes moins abruptes) perdurent. Dans un bus dont les sièges ne sont pas du dernier cri, nous suivons donc nerveusement le trajet sur cette piste étroite, observant d’un œil soucieux le combat viril des chauffeurs lorsqu’ils doivent se croiser. Malgré quelques sueurs froides, le seul incident du trajet sera le changement de roue effectué en plein milieu de la nuit et de la forêt. On tape, on rabote et on fait on-ne-sait -quoi, mais on repart. Ce petit arrêt nous fait toutefois comprendre que nous sommes vraiment descendus en altitude : la nuit n’est plus glaciale !

L’arrivée matinale dans la ville de Rurrenabaque confirme ce que nous avions ressenti dans le bus. La végétation, maintenant tropicale, un climat bien plus clément et une atmosphère beaucoup plus détendue nous feraient presque croire que nous avons changé de pays.

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Si les gens vont à Rurrenabaque, c’est pour observer les animaux dans la jungle du parc national Madiddi ou dans la Pampa. Dans l’impressionnant choix d’agences, nous en visitons quelques unes pour trouver un tour qui nous conviennent : rapidement nous écartons le tour de trois jours très formatés pour un trekking de cinq jours dans la selva. Forcément, les prix et les prestations sont très différents d’une agence à l’autre, mais, en ce jour d’anniversaire de mariage, nous décidons de nous faire plaisir. Nous optons pour le tour quasiment le plus cher avec l’agence El Berraco del Madidi sur les recommandations d’un chilien qui revient du campement. Une fois, l’affaire conclue, nous partons faire un petit tour dans la ville et à son mirador qui nous permet d’admirer ce qui nous attend pour les jours suivants : la forêt à perte de vue ainsi que le rio Beni et ses premiers méandres.

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Le lendemain, après un réveil matinal et un petit déjeuner de pâtisseries françaises (et oui, il y a ici un boulanger expatrié dans ce coin perdu), nous embarquons pour la remontée du Rio Beni et du Rio Tuichi. Pour nous encadrer, nous avons droit à un traitement de faveur de la part de l’agence. Toute la famille est là : Pedro le propriétaire, Leopoldo son frère notre guide, Marcos le plus jeune frère et cuisinier, le frère batelier, Kevin le fils de Leopoldo en congé, et enfin Perre l’associé espagnol exilé.

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Alors que nous nous enfonçons dans la forêt qui garde encore quelques nuages accrochés, l’embarcation rencontre des difficultés à remonter le Rio dont le niveau est assez bas en cette saison. Nous préférons aider les braves hommes et descendre de l’embarcation plutôt que de les regarder nous sortir des mauvais pas, même si les galets font un peu mal à nos petits pieds sensibles. Entre deux baignades, alors que nous serions passés sans rien apercevoir, nos guides nous montrent tour à tour perroquets, caïmans, aigles, hérons, tortues…

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Après près de 4 heures de navigation, nous faisons une halte pour le déjeuner sur une petite plage où nous retrouvons les mouches suceuses d’Iguazu mais en bien plus voraces : en l’espace de quelques minutes les pieds de Céline sont dévorés… Nous comprenons donc que l’anti-moustique sera notre meilleur ami durant les jours suivants.

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Nous arrivons enfin au campement après 6 heures de navigation : un trajet un peu long mais qui nous assure une exclusivité du lieu alors que les autres agences s’entassent dans des lodges à moins de 3 heures de la ville. Pour l’instant modeste et au confort limité, notre camp se trouve au cœur de la forêt et possède le charme certain de l’aventure… avec ses tentes Quechua !

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Après notre installation, Leo nous guide pour notre première marche dans la selva. Nous marchons à petits pas pour faire le moins de bruit possible. Nous entendons les cochons au loin avec leurs claquements de dents caractéristiques, observons des singes roux (dont nous avons oublié le nom), des petits toucans ou encore des perroquets. Ce qui nous fascine le plus est la capacité de Leo à dénicher les animaux dans cette végétation dense. Même en nous indiquant parfaitement la direction, il nous faut parfois bien quelques dizaines de secondes, pour ne pas dire plus, pour repérer l’animal. Nous revenons un peu fatigués de cette courte marche qui nous a demandé une grande concentration pour écouter et voir les animaux.

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Après le repas, nouvelle aventure : nous repartons pour une petite marche mais cette fois de nuit, parfois dans une obscurité intimidante. Nous entendons des bruits mais malheureusement nous n’apercevons que peu de choses. Le jaguar n’est pas décidé à se montrer !

Après une bonne nuit, une oreille toujours à l’affut des bruits de la jungle, notre réveil se fait au son des grondements de singes. Leo vient nous chercher pour une marche introductive le long de la rivière où des miradors permettent généralement d’observer les animaux (tapirs, jaguars, biches…) venus s’abreuver. Pendant ce temps, l’équipe prépare notre petit déjeuner et les sacs à dos pour les prochains jours de trekking.

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Pour commencer, le sentier est bien tracé et nous prenons le temps de « faire la chasse aux animaux ». Mais rapidement Leo est obligé d’ouvrir le chemin à la machette. Après quelques heures de marche et plusieurs passages au même endroit (reconnu miraculeusement grâce à de drôles de champignons), nous sentons qu’il y a un problème : on nous explique que le rio sur lequel nous devions passer la nuit est asséché et bourré d’excréments de cochons. Impossible d’y camper car il n’y aurait pas d’eau pour cuisiner ni se laver. Il nous faut donc trouver un autre point de chute. Au pas de course, et en grignotant des « club social » en guise de déjeuner, nous faisons demi-tour et dépassons notre camps de base pour retrouver le rio Tuichi. Fatigués mais pas autant que Perre qui porte bien 20 kg sur le dos, nous observons la préparation du campement. A peine 5 minutes suffisent pour couper quelques bambous, les lier habilement avec un morceau d’écorce et faire des trépieds pour réaliser un abri contre la pluie. Tout le monde ayant faim, le diner est avancé et pris autour du feu avant de se laver dans le rio. Après cette première journée éprouvante mais encore remplie de vision d’animaux (perroquets, grenouilles, singe araignée, cochons sauvages), nous nous couchons sous les étoiles mais avec des nuées de moucherons.

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Le lendemain, le chemin est à nouveau à faire complètement mais cette fois, nous n’avons pas l’impression d’être perdus. Dès notre départ, nous sommes chanceux, nous retrouvons nos cochons sauvages qui au delà de leur bruit caractéristique sont aussi reconnaissables à l’odeur pestilentielle qu’ils larguent en cas de danger. La végétation change régulièrement mais globalement n’est pas aussi touffue que nous nous l’étions imaginée. Nous effectuons des percées dans un véritable mur de végétation mais celui-ci est généralement constitué de petites plantes et arbres fins parmi lesquels se trouvent quelques arbres imposants. Des singes, un petit cobra dans la boue, et des sortes de grosses perdrix locales noires et blanches s’y cachent.

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Pour finir notre journée de marche, nous remontons le lit d’un ruisseau. Kevin nous montre alors tout ses talents de pécheur et nous permet de nous délecter le soir même de sa pèche miraculeuse à la sardine.

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Alors que nous entamons notre ultime jour de marche, la pluie nous oblige à arrêter notre progression pendant un moment. Après avoir crapahuté dans la jungle, nous suivons un rio pour déboucher sur le grand Rio Tuichi. Nous montons le campement puis pêchons. Au bout de peu de temps, Marcos sort un gros poisson chat de 10 kg qui nous servira de diner, cuisiné de différentes manières : frit, en grillade ou cuit dans des feuilles de palmier particulier. Autour du feu, nous écoutons Perre et Leo nous raconter l’histoire de l’entreprise et ses difficultés à trouver sa place parmi les tours massifiés, la vie de la communauté de San José et ses objectifs de protection de la forêt, et les aléas de la politique d’Evo Moralès : clivage voire racisme entre les Bolivies occidentale et orientale, manque de travail, commerce illégal de feuille de coca (Perre est expert…), lois indigènes…

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Pour notre dernier jour, l’équipe nous a réservé une surprise : point de marche aujourd’hui mais la descente du Tuichi en rafting, sans difficulté. Nous nous arrêtons à deux reprises espérant pêcher de gros poissons mais la chance n’est pas avec nous. Nous rejoignons le campement pour le déjeuner avant de reprendre l’eau pour retrouver Rurrenabaque, conquis par cette première expérience dans la jungle.

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Après un jour de repos bien mérité, nous regagnons La Paz… en 45 minutes cette fois grâce à un petit coucou à hélice depuis lequel nous pouvons admirer depuis le ciel la jungle, les Yungas et enfin le désert de l’altiplano.

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Date : du 3 au 11 juillet

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