Sorata : un mulet peut en cacher un autre

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A peine débarqués de l’avion, nous filons au centre ville de La Paz, décidés à donner quelques nouvelles à nos parents inquiets après un silence radio de 10 jours. Nous tombons sur un Burger King qui offre le wifi, dont nous abusons pendant 4 heures afin de mettre à jour le blog. Au coup de sifflet du début de la finale de la coupe du monde, nous laissons les aficionados devant l’écran géant dressé dans la salle et filons prendre un petit van pour Sorata, paradis des trekkeurs.

Sur le chemin, après quelques embouteillages dus au grand marché dominical sur les hauteurs de La Paz, nous retrouvons les grandes étendues sèches de l’altiplano avant d’apercevoir au loin le fameux lac Titicaca. Nous le laissons de coté pour l’instant et après 3 heures de voyage inconfortable, nous atteignons Sorata et ses paysages rappelant les vallées alpines.

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Le soir même, nous nous renseignons sur les possibilités de trekking auprès de l’association de guides locaux. Alors que nous nous étions plutôt focalisés sur une marche d’un jour, une photo nous fait changer d’avis et nous considérons maintenant un circuit de 3 ou 4 jours. De retour à l’hôtel, les tenanciers nous proposent de prendre contact directement avec un guide, ce qui permet de faire quelques économies mais qui n’est apparemment pas vraiment du goût de l’association. Le rendez-vous est tout de même pris pour le lendemain matin afin de le rencontrer.

Mario nous explique alors les parcours et nous optons pour celui de 4 jours qui permet de faire une petite boucle pour voir trois lacs. Le premier prix proposé de 1200 Bs est quasiment identique à celui de l’association mais en voyant notre étonnement, le guide le ramène à celui de 3 jours soit 950 Bs. Nous acceptons même si rétrospectivement nous pensons qu’il aurait été possible de le faire baisser encore un peu. Comme pour tous les treks dans la région, la nourriture n’est pas incluse et nous nous retrouvons donc avec une liste de courses à faire. Nous entamons alors un véritable benchmark entre les échoppes de la ville et le marché pour nous approvisionner en pâtes, riz, thon, sauce tomate…

Une fois cette lourde tâche réalisée, nous partons nous promener dans les alentours à la recherche du café Ilampu, dont le nom est tiré du sommet dominant toute la vallée. Après quelques errements, nous finissons par le trouver et apprécier un bon muesli et des jus de fruits frais. Nous poursuivons un peu le chemin avant de revenir vers la ville en profitant du coucher de soleil sur les monts.

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Le lendemain matin, un taxi nous attend pour nous monter dans le village de Mario qui se trouve quelques kilomètres plus haut. Le village est minuscule et isolé mais bénéficie d’une vue imprenable. Nous attendons patiemment que Mario finisse ses petites affaires avant d’aller préparer les mulets qui porteront nourriture et équipements. Rien n’a été préparé à l’avance et nous observons quelque peu dubitatifs toute la famille aider au chargement. Au bout d’une heure et demie, nous finissons par lever   le camp !

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Les premiers mètres très pentus nous sont difficiles, alors que Mario court sans peine derrière ses mulets dans les parties les plus escarpées. Le rythme est bien différent de celui de notre ascension du volcan Lascar ! Nous traversons des prairies puis rejoignons un bout de route qui mène au village de Catalina. Peu avant celui-ci, nous dressons le campement avant de partir pour le lac Ilampu.

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A nouveau, nous souffrons dans la montée, nos jambes ne répondant pas et nous obligeant à marquer de nombreux arrêts. La fatigue conjuguée aux changements d’altitudes des derniers jours sont sans doute en partie responsables. Nous finissons tout de même par atteindre le lac, partiellement asséché…

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Après une rapide redescente, Mario se met en tête de faire le repas. Son réchaud à essence peine à fonctionner, à cause d’une pièce dont il s’est rendu compte en chemin qu’il l’avait oubliée chez lui… Si pour une soupe, cela va encore, il est impossible de cuire des pâtes. Nous nous retrouvons donc à manger des sandwichs à la saucisse, alors que la température chute rapidement avec le coucher du soleil. A 19h, nous sommes au lit blottis dans nos sacs de couchage recouverts de couvertures.

Le matin suivant, le réchaud ne marche toujours pas et Mario part au village en demander un autre à un ami. De retour, même problème et même conséquence : pas de petit déjeuner chaud possible ! Nous partons donc un peu soucieux pour la suite, avec un morceau de pain et du chocolat dans le ventre. Mario se veux rassurant : où nous allons, il est possible de faire un feu de bois. A 4200 m ?! Nous attendons de voir la suite…

Nous grimpons progressivement en altitude dans de très beaux paysages. Certains passages rocailleux nous remettent à l’épreuve mais aujourd’hui tout va mieux et nous profitons réellement de la marche. Par moment, nous traversons des zones arborées aux odeurs agréables et nous nous étonnons un peu que Mario ne fasse pas quelques provisions de petit bois.

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Alors que nous arrivons en milieu d’après midi près du lac Chillata, nos craintes sont vérifiées : pas un arbuste en vue. Mario allume un feu avec des bouses asséchées et des brindilles et essaye à nouveau son réchaud. Il fonctionne mieux mais ce sont les allumettes qui viennent à manquer. A plusieurs reprises et sur un ton presque accusateur, il nous demande si nous n’en avons pas, voire si un briquet ne traînerait pas dans nos sacs à dos. Nous lui faisons comprendre poliment qu’il n’y pas de génération spontanée d’allumettes dans nos poches et qu’il n’en va pas de notre responsabilité. Nous lui suggérons d’aller en demander au groupe de touristes arrivés lui aussi au bord du lac. Finalement, très content de lui et de son réchaud, il arrive à nous cuisiner des pâtes, bienvenues en prévision de l’ascension du lendemain. Les nuages qui sont montés en fin d’après midi, envahissent notre campement et le plonge dans une brume épaisse. A nouveau couchés à 19h, la nuit est plus difficile : nous ne souffrons pas du froid mais certainement de l’altitude qui fractionne notre sommeil.

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Au réveil, le porridge chaud nous attend ainsi que 4 heures de montée vers la Laguna Glacial, point d’orgue du trekking. Située à 5100m, nous savons que cela ne va pas être facile. En effet, en plus de l’altitude qui grève nos capacités physiques, les éboulis, la rocaille, les ruisseaux nous demandent une attention de tous les instants et des changements de rythme importants. Au bout de 2h30, alors que nous pensons être proches du but, Mario nous dit qu’à la prochaine montée nous en serons à la moitié. Complètement découragés, nous avons de plus en plus de mal à avancer, n’en voyant jamais le bout. Nous sommes à deux doigts d’abandonner ! Alors que nous faisons une petite pause pour que Quentin puisse manger un peu, Mario nous annonce finalement que nous n’en avons plus que pour 45 minutes – 1 heure de montée. Même si cela nous semble encore long, avoir une échéance nous permet de regagner du poil de la bête. Les pas devenant de plus en plus petits, nous nous obstinons, Mario toujours loin devant avec sa petite radio allumée.

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La dernière butte passée, le chemin devient plus plat et aboutit enfin au lac. La vue est impressionnante avec ce glacier se jetant dans une eau verdâtre. Proche de l’équateur, les montagnes et les neiges éternelles nous entourent.

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Nous dévorons avec appétit et malgré le froid nos sandwichs au pâté avant de redescendre. Notre guide semble un peu pressé de rejoindre le camp surement dans l’espoir de nous faire regagner Sorata le jour même.

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Mais voulant profiter des paysages et n’ayant aucune envie de courir, nous prenons notre temps et insistons pour ne redescendre que le lendemain. En contrepartie, Mario nous informe que, devant être à Sorata à 11h pour défiler avec ses collègues lors de la fête du village, il nous faudra quitter les montagnes à l’aube. Nous commençons à être très franchement agacés du service minimum qu’il nous procure depuis le début du trekking et regrettons toutes les attentions de Leopoldo et ses acolytes de Rurrenabaque. Par moment, nous nous demandons même si Mario ne nous confondrait pas avec ses mulets…

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Après encore une nuit mouvementée, nous commençons notre descente de près de 1500 m de dénivelé vers Sorata. Mario ne nous décrochant pas un mot, nous préférons nous tourner vers ses braves mulets, dont l’aide nous aura été précieuse. Arrivés à 10h45 dans les faubourgs d’une Sorata embrumée, notre guide nous lâche, ne devant pas être vu par ses collègues en notre compagnie. C’est alors qu’il nous réclame le solde de 50 Bs ainsi que le prix de l’essence pour le réchaud. Nous lui expliquons que ayant réalisé seulement 3 jours pleins, souffert de sa nonchalance par rapport aux repas, compris son arnaque sur la surveillance des tentes (30 Bs au lieu des 100 annoncés), il est bien hors de question que nous lui payons quoi que ce soit. Sachant qu’il est en tort, il nous laisse regagner la ville sans broncher, tout en cachant ses mulets.

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Retrouvant un bon lit, alors que la fête municipale bat son plein, nous passons l’après midi à écrire avant de partir le lendemain pour le lac Titicaca. Nous sommes fatigués mais fiers de notre petit exploit !

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Date : du 12 au 16 juillet

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