Ha Giang : la vallée des merveilles
Notre journée de trajet vers Ha Giang démarre sous le signe de la chance : alors que nous avons vu filé juste devant nous le bus n°32 que nous avait indiqué le gérant de l’hôtel pour nous rendre à la gare routière de My Dinh, nous nous rendons compte grâce à un mototaxi qu’il faut en réalité prendre le n°34 qui arrive quelques minutes plus tard ; une fois arrivés à la station de bus, nous apprenons que celui pour Ha Giang part dans 5 minutes (et non pas 35 minutes comme nous l’avait mentionné l’employée d’une autre gare routière) ; on nous attribue les deux dernières places assises dans un vaste bus au siège confortable (les passagers suivants seront contraints de s’asseoir par terre dans l’allée centrale). Bref, après un réveil un peu sur les chapeaux de roue, tout semble se goupiller à merveille.
Nous nous attendions à une petite ville de province, mais Ha Giang est en réalité une grosse bourgade entourée par quelques monts. Malgré les explications de notre hôtesse, nous nous perdons dans la ville en essayant de nous rendre au bureau de l’immigration. Pour visiter la région au nord de Ha Giang, proche de la frontière sino-vietnamienne, un permis est effectivement nécessaire. Après plus de 3 km à errer dans une ville sans trop de charme, nous trouvons finalement le bureau….fermé. Nous sommes donc bons pour revenir le lendemain.
Nous avions lu que l’acquisition du permis pouvait se révéler aléatoire : parfois extrêmement rapide, elle pouvait aussi se transformer en un bras de fer avec les agents de l’immigration qui cherchent à refourguer un guide (désormais non obligatoire). Quand nous nous retrouvons face à 3 jeunes femmes apprêtées, nous arborons nos plus grands sourires. Nous déclinons poliment la « proposition » de guide soit disant obligatoire (bah voyons…), croisons les doigts un long moment alors que les jeunes femmes semblent se désintéresser complètement de nous, et enfin repartons avec le permis (20$ en moins) et un loueur de motobike qu’elles ont eu la gentillesse d’appeler. Patience et longueur de temps….
Commence alors une longue négociation à la vietnamienne pour la location de la moto. Après avoir conclu le marché, le jeune homme nous propose d’aller déjeuner dans un restaurant de la ville mais quand nous arrivons sur les lieux, nous comprenons rapidement que tout ce que nous avons pu gagner sur la location s’envolera dans une simple assiette de tofu ! Nous nous échappons donc prestement de ce traquenard pour nous dégoter une bonne grosse soupe de nouilles à 20 000 D.
Nous empaquetons alors rapidement quelques affaires et partons à l’assaut des montagnes. La route commence par serpenter le long d’un cours d’eau sur les bords duquel les cultures sont nombreuses. Après une sorte de goulet, nous arrivons dans une première plaine entourée de montagnes. Alors que nous nous arrêtons pour acheter un peu d’eau, les propriétaires de l’échoppe nous invite à boire du thé et feuillettent intrigués nos passeport puis s’émerveillent des poils d’avant-bras de Quentin. Comme nous sommes partis un peu tard de Ha Giang et que la route s’annonce longue, nous ne pouvons malheureusement pas nous arrêter bien longtemps mais nous leur promettons de revenir les voir à notre retour.
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La route monte alors en de grands lacets et offre déjà des vues splendides sur la vallée avant d’arrivée sur une plaine rocailleuse, où de façon impressionnante se trouvent des champs parmi les gros blocs de pierre noire. Dans ce décor incroyable, nous sommes désagréablement surpris par de gros travaux de terrassement visant à transformer la route principale de la ville en une véritable autoroute. Ceci nous parait bien inutile car la ville n’est accessible de part et d’autre par des toutes petites routes. Nous nous demandons alors si ces travaux et l’occupation de l’espace qui en résulte ne sont pas une façon de marquer le territoire par rapport à la Chine voisine, hypothèse renforcée par la présence de drapeaux vietnamiens tous les 10 m.
La montée se poursuit jusqu’au Quan Ba Pass : la vue depuis le sommet est à couper le souffle. Des petits « seins », ou plus exactement des pics karstiques ronds, semblent émergés dans la vallée et la ville de Quan Ba s’est organisée ainsi autour de ses protubérances.
Alors que nous continuons notre route, le décor, plutôt vert jusqu’alors, se transforme en un grand canyon aride où serpente une rivière. Les falaises sont abruptes et le vent qui s’engouffre dans ce goulet d’étranglement souffle fort, si bien que de petites vagues se forment dans le sens inverse du courant.
Nous changeons encore une fois de décor en arrivant près de Yen Minh. Alors que nous gagnons en altitude, la végétation prend progressivement des teintes méditerranéennes. Sur une route zigzaguant à travers une forêt de pins, il serait possible de se croire en Corse si des rizières en contrebas ne venaient rappeler l’origine asiatique de ce paysage.
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Alors que nous avions décidé de faire halte à Yen Minh pour la nuit, nous constatons que la ville est un peu triste et nous décidons de poursuivre pour avoir un peu moins de route le lendemain. Dans des paysages qui deviennent de nouveau plus rocailleux, nous arrivons à Dong Van à la nuit tombée. Dans cette toute petite ville, le choix d’hôtel et de restaurant est quelque peu limité mais le logement que nous trouvons est très correct et le repas gargantuesque pour pas grand-chose.
Le lendemain matin, alors que nous somnolons encore, une rumeur s’élève et s’amplifie progressivement depuis notre fenêtre. Alors que nous ouvrons discrètement les volets, nous découvrons un spectacle atypique à nos pieds : le marché est déjà très animé et surtout très coloré. En effet, dimanche est jour de grand marché dans la région, et les habitants des villages environnants descendent tous pour l’occasion, revêtus de leurs plus beaux costumes. Les hommes habillés de noir de la tête aux pieds arborent fièrement un béret basque, alors que les femmes se « pavanent » dans des tenues multicolores, voire parfois fluorescentes ou pailletées. Chaque tenue et sa coiffure correspondent à des ethnies différentes, qui cohabitent sereinement et commercent dans une ambiance bon enfant, aidée par l’alcool de riz qui coule à flot. Dans cette foule chamarrée, les quelques touristes (pas plus de 5 !) qui déambulent dans les allées sont finalement les curiosités pour ses paysans peu habitués à croiser des occidentaux. Chacun poursuit malgré tout ses courses sans trop se soucier de nous, évaluant la dentition d’une vache, trainant un cochon hurlant, caressant un chiot acheté pour un enfant, remplissant des jerricans d’alcool… Ici, point de mise en scène ni de folklore : c’est la vie réelle de ces peuples que nous observons ébahis.
Nous finissons par nous extirper de ce joli spectacle et reprenons la route pour sa partie la plus réputée, jusqu’à Meo Vac. Les vues sur une gigantesque vallée, quoiqu’un peu embrumée, sont magnifiques. En contrebas, une rivière d’un très beau bleu se détache de la noirceur de la pierre. Sur la route qui serpente telle une cicatrice dans la falaise nous croisons de nombreux paysans qui marchent courbés sous le poids de leur panier remplis au marché. Ils parcourent comme cela, sous un soleil de plomb, des dizaines de kilomètres afin de rejoindre leur maison souvent isolée. Mais ceci n’est pourtant pas le spectacle le plus sidérant. Alors que les paysages deviennent de plus en plus arides et les pentes abruptes, il est toujours possible de voir des champs et parfois des petites rizières. Alors qu’aucune personne ne voudrait de cette terre, ces hommes et ces femmes par leur dur labeur façonnent la montagne et en tirent des ressources indispensables.
Quittant ce lieu magique, nous arrivons sous le charme à Meo Vac pour la fin du marché. Sans nous attarder dans cette ville qui n’a pas un grand intérêt, nous terminons notre boucle en ralliant Yen Minh, puis Ha Giang sur la même route qu’à l’aller.
Les paysages que nous avons traversés sur ces deux jours sont véritablement fabuleux et comptent parmi les plus beaux que nous ayons eu la chance de découvrir depuis le début du voyage. Encore préservée du tourisme de masse, cette région a su garder toute son authenticité.
Date : du 9 au 11 Avril
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