Sud Est du Myanmar : bouddhisme du sol au plafond




Après le départ de Camille et Cyril, plusieurs options s’offrent à nous : tenter de rejoindre Myitkyina pour une descente de l’Irrawaddy en  ferry ; rejoindre le site archéologique de Mrauk-U à l’ouest ; faire des marches autour des villes coloniales de Pyin U Lwin et Hsipaw ; se rapprocher de Yangon et visiter la zone du Sud Est du pays ouverte aux étrangers. Devant la complexité des transports dans un cas, l’éventuel Bagan bis repetita  dans l’autre, et surtout le peu de temps qui nous reste devant nous, nous optons finalement pour un retour dans les environs de la capitale déchue.

Notre petit circuit commence donc après une longue nuit de bus dans la ville de Kinpun, point de départ de bien des pèlerins bouddhistes pour le sanctuaire du Rocher d’Or.  Pour accomplir ce pèlerinage, deux voies sont possibles : la plus simple consiste à emprunter un taxi partagé et à faire une ascension de 45 min, la plus « dévote » et sportive à parcourir un sentier de 11km en 4 heures jusqu’au sommet. N’étant pas particulièrement portés sur le sanctuaire en tant que tel, la manière forte nous semble la plus appropriée pour  mieux apprécier l’arrivée au sommet. Les jours devenant de plus en plus chaud à mesure que défile le mois de Mars, cette décision implique un départ très matinal…

C’est donc un peu avant 6 heures du matin le lendemain, après une après-midi de sieste préparatrice, que nous commençons notre ascension. La longue allée qui marque le début de la randonnée, bordée de magasins et tea shops, s’éveille à peine. Le soleil n’est pas encore levé mais la chaleur et surtout la moiteur de la jungle sont déjà pesantes et il ne nous faut que quelques centaines de mètre en montée pour être en nage. Pendant les trois heures qui suivent, nous marchons d’un bon pas, encaissant montées et raides escaliers, sans même s’arrêter dans une des échoppes de rafraîchissements qui jalonnent le parcours. Curieusement, nous croisons majoritairement des groupes faisant le chemin en sens inverse (en descente !) : vraisemblablement des pèlerins revenant après une ou plusieurs nuits passées au sommet. Seul un groupe de jeunes birmans s’est aussi attaqué à la montée, et après un bon moment passé sur le même rythme nous arrivons à les distancer. Pour faire oublier la difficulté, les paysages environnants sont magnifiques : la jungle s’étale à nos pieds, des forêts de bambous bordent le sentier, les collines se devinent derrière un voile de brouillard. Mais aucun rocher d’or n’est encore en vue… Nous atteignons finalement le sanctuaire en un temps « record » (3 heures au lieu des 4 à 6 annoncées) et découvrons cet énorme rocher doré, posé en équilibre sur la falaise et surmonté d’un petit stupa. Le spectacle de pèlerins qui débarquent avec leur panier en plastique rempli de victuailles ou se dirigent vers les baraquements en contrebas, qui se prosternent devant ce gros caillou ou sont heureux de se faire prendre en photo avec les occidentaux que nous sommes, est bien plus amusant que le site lui-même. Le panorama sur les environs est malheureusement obstrué par les nuages qui montent depuis les plaines mais permettent de conserver un peu de la fraîcheur matinale.

Quentin, après un mois de sevrage tabagique (et oui !!!!) et quelques bouchées de fruits confits, se sent pousser des ailes et souhaite faire le chemin en sens inverse, plus facile car en descente continue.  A cette heure déjà bien avancée de la journée, nous sommes surpris de croiser des courageux (voire inconscients !) pèlerins s’attaquer à la montée. Dans certains cas, nous ne donnons pas très cher de leur réussite… La chaleur s’intensifie et nous sommes heureux de reconnaître certains arbres, certaines maisonnettes, annonciateurs de notre imminente arrivée. Un moine et une nonne nous reconnaissent et admirent notre courage d’avoir réalisé dans une même journée l’aller-retour jusqu’au site. Après 6 heures de marche, exténués et trempés, nous trouvons du réconfort dans un grand verre de maxi cola (heureux remplaçant, avec le Star Cola, du Coca Cola qui coûte une petite fortune dans ce pays !) bien frais…




Moulmein, plus au sud, est la deuxième étape de notre boucle : ancienne capitale coloniale, la ville bénéficie d’un emplacement privilégié à proximité de la mer et offre un service de ferry vers Hpa An, notre dernière étape. Nous ne restons qu’une grosse demi-journée dans la ville mais avons le temps de profiter de sa grande promenade le long de la rivière, de ses denses marchés où se mêlent poissons séchés, épices et légumes frais, de quelques jolies pagodes construites sur la petite crête et offrant une belle vue sur la ville. Au ras du sol, la végétation semble modeste, mais une fois surélevés, nous découvrons une ville baignant dans la jungle et des habitations cachées par d’immenses arbres. Tout se vert ainsi que la rivière confèrent à la ville le climat sympathique et attachant d’une petite station balnéaire.



Le lendemain, sur le pont d’un vieux ferry au confort sommaire, nous avançons lentement vers Hpa An. Selon le niveau de l’eau, le courant et la présence de bancs de sable, le trajet peut durer de 2 à 5 heures ! Mais quel trajet magnifique : nous longeons la rive où alternent grandes étendues cultivées vertes, petites plages de sable de rivière, villages coupés du monde attendant avec impatience l’arrivée du ferry, sommets de pagodes décimées dans les champs. Petit à petit, de curieux escarpements rocheux prennent forme au loin : comme des géants surgis de nulle part, ces monts ont quelque chose des iles perdues de Thaïlande, des Météores grecques ou de la Baie d’Along. Le temps s’écoule au rythme paisible de la rivière : certains dorment sur le pont allongés sur des nattes de bambou, d’autres discutent légèrement en grignotant quelques baies ou galettes de riz achetées rapidement au ponton, les derniers enfin sont perdus dans leurs pensées et fixent vaguement la rive. Nous débarquons finalement à Hpa An un peu avant le couché du soleil, et le petit groupe de touristes cosmopolite qui s’est formé lors de cette traversée se dirige d’un bloc vers un des deux hôtels de la ville.

Nous étant mis d’accord, c’est donc en groupe de six que nous partons explorer les alentours de Hpa An le lendemain : huit arrêts sont prévus avec un accent tout particulier sur des grottes et des pagodes. Installés dans un mototaxi relativement inconfortable mais généreusement agrémenté de petits coussins pour enfants, de nombreuses discussions sont lancées sur les sites  visités, le bouddhisme (deux de nos acolytes sont converties au bouddhisme), les voyages (tous sont des voyageurs invétérés) ou encore la vie de chacun. Il fait bon retrouver ce contact avec des voyageurs, quelque peu négligé ces dernières semaines, et pouvoir échanger sur nos ressentis respectifs. La journée s’écoule ainsi paisiblement, rythmée par les différents sites. Si les grottes aux parois chargées d’images de bouddhas ne sont pas vraiment notre tasse de thé, nous apprécions la beauté et le calme de la campagne birmane. Une jolie manière de clôturer notre séjour avant de retrouver Yangon.

Le lendemain matin, alors que nous attendons notre bus, nous nous entendons dire que nous avons de la chance : selon la petite bonne femme qui nous a vendu nos tickets pour Yangon, la nouvelle station de bus de Hpa An est inaugurée ce matin même, en la présence de quelques dignes représentants de la junte. Nous voici donc embarqués dans une véritable mascarade dont toute la gloire reviendra très certainement à ces gentils généraux qui ont bien voulu financer la gare routière. Arrivés à celle-ci dans le bus miteux sensé nous conduire à Yangon, on nous demande de descendre pour s’installer dans un autre, un poil plus cosy. S’ensuivent une parade de danseurs, une fanfare, un lâché de ballons et surtout la remise de cadeaux par les généraux à nous, pauvres pantins, qui attendons dans le bus. Leur séquence vidéo officielle se clôturera par les images du bus quittant la gare… et dont nous descendons quelques mètres plus loin pour regagner notre bus de pouilleux. Nous restons complètement stupéfaits  devant cette véritable opération de propagande (à quelques mois des élections, comme par hasard…) : et dire qu’ils ont même voulu prendre des photos de nos pommes !!! Les heures suivantes s’écoulent bien plus normalement, avec toutefois des check points où les militaires n’arborent pas exactement le même sourire que le matin. Nous retrouvons en fin d’après midi Yangon et notre hôtel. Un dernier diner en tête à tête dans une échoppe de rue conclut notre séjour et est propice à en tirer le bilan quelque peu contrasté.

Date : du 8 au 14 Mars

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