Lac Inle : d’une rive à l’autre
Emballés par notre trek de Kalaw au lac Inle, nous décidons de poursuivre sur notre lancée et de rechercher le plus rapidement possible un nouveau guide pour randonner sur la partie Est du lac. Than Tun nous en ayant recommandé un, nous allons directement dans son agence près du marché de Niangshwe. Mais avant de repartir marcher, une journée d’exploration du lac constitue à la fois un incontournable et un bon moyen de détendre nos gambettes. Après avoir discuté quelques minutes avec notre futur guide Than Tay, un personnage un peu déluré apparemment de temps en temps perché sur des cimes psychédéliques, tout est réglé : bateau le lendemain à bon prix puis trek les 2 jours suivants.
Après un réveil relativement matinal et un petit-déjeuner copieux dans le jardin de la guesthouse, nous embarquons dans un des multiples bateaux à fond plat stationnés dans un embarcadère du canal. Ces longs bateaux en teck ont été aménagés de façon confortable avec des sièges en bois rembourrés de coussins. Un arrêt pour récupérer quelques parapluies qui nous éviteront d’être trempés et nous glissons sur l’immense Lac Inlé. Avec ses quelques 30km de long et 8 de large, le lac s’étend à perte de vue, entouré au premier plan de marais et au second de montagnes. En cette saison, le lac n’est pas très profond et il n’est pas rare que nous ressentions les à-coups provoqués par les algues dans l’hélice.
Bercés par le bruit du moteur et grisés par la vitesse, nous nous laissons complètement guider par notre boatman. Sur le lac, des dizaines de pêcheurs sont déjà à l’œuvre et mettent en œuvre des techniques complètement différentes : certains coulent de grands paniers puis tentent d’attraper des poissons avec une lance ; d’autres posent leurs filets de pêche qu’ils viendront récupérer en fin de journée. Dans tous les cas, seuls sur leur petite barque, ils avancent doucement le pied enroulé sur leur pagaie.
Nous prenons un premier canal sur la rive est. Celui-ci est bordé de cultures à fleur d’eau : des sillons inondés permettent aux agriculteurs de soigner et récolter leurs légumes directement depuis leurs barques. Dans certains cas, des constructions de bambou jouent le rôle de tuteurs sophistiqués : tomates et courges grimpent donc le long de celles-ci et poussent suspendues. Les abords directs du lac étant plans, les systèmes de canaux permettent une bonne irrigation et des rizières couleur menthe à l’eau donnent ici deux fois par an.
Nous approchons d’un village « flottant »: des centaines de maisons ont été construites sur pilotis le long de l’étroit canal et le seul moyen de se déplacer de l’une à l’autre est la barque ! Malheureusement aujourd’hui, il n’y a pas de marché flottant : c’est donc sur un marché bien terrestre que nous débarquons et flânons. Les habitants des environs sont arrivés tôt ce matin à bord de leurs barques ou de leurs chars à bœufs pour vendre leurs produits : poissons encore frétillants ou poissons séchés, petites tomates gouteuses ou énormes courges, riz de différentes variétés ou lentilles colorées… Nous sentons bien que le marché est un évènement central dans la société birmane.
La visite se poursuit au centre du lac où nous naviguons à travers des villages dont la grosseur des maisons nous impressionne : et dire qu’elles sont sur l’eau ! Certaines renferment encore quelques activités traditionnelles : fabrique de vêtements en fibre de soie ou de lotus, fabrique de cheeroots (cigares locaux)… Mais la plupart des habitants vivent de leur production dans les jardins flottants environnants.
Plutôt que de visiter des pagodes ou autres monastères (dont celui des chats sauteurs : quelle drôle d’idée !), nous optons pour le calme d’une maison coloniale abandonnée construite en plein milieu du lac. L’eau à perte de vue, nous nous y assoupissons en attendant le coucher de soleil. A la tombée de la nuit, le lac se pare de couleurs magnifiques d’orange, de pourpre et de violine sur lesquelles se détachent les silhouettes des pêcheurs. Ici, tout est qualifié de flottant, et même le temps y semble comme suspendu : une atmosphère définitivement magique règne à Inle.
Le lendemain, nous repartons sur les chemins, plein de dynamisme pour notre randonnée avec Than Tai. Dès les premiers pas, nous sentons que le rythme sera un peu différent de celui de la dernière fois. Than Tai est bien plus sportif que notre cher Than Tun (et aussi plus jeune) et ce ne sont pas les montées qui le feront ralentir. Nous empruntons des petits sentiers à travers des paysages tantôt plus verts que sur la rive ouest, tantôt aussi secs et rocailleux. Les villages se font rares et nous cohabitons surtout avec des plantations d’arbres dont les feuilles servent à la fabrication des cheeroots. Than Tai est très attentifs à la nature et nous montre toutes sortes de fruits, plantes, racines. Nous nous arrêtons enfin dans un village pour le déjeuner : squattant la cuisine, nous regardons attentivement Mr Cook préparer notre repas, encore une fois au feu de bois. Tout semble d’une telle simplicité que nous en arriverions presque à culpabiliser de tous ces accessoires dont nous disposons à la maison.
Une bonne sieste aux heures les plus chaudes et nous sommes repartis : ce tronçon n’est pas une partie de plaisir pour les filles, la montée étant particulièrement pénible. Mais peu après, nous atteignons un modeste monastère au sommet d’une colline, où nous passerons la nuit. L’endroit est d’un paisible et d’une fraîcheur, et bénéficie d’une vue splendide sur la plaine ! Nous nous allongeons dans l’herbe, lisons quelques pages et discutons avec le maître des lieux. Le moine responsable de ce monastère est particulièrement heureux de pouvoir pratiquer son anglais approximatif, et rendu encore plus difficile à comprendre par la mastication continuelle de bétel. Il nous explique comment il a appris l’anglais par itération de syllabes ou analogies avec la langue locale. Nous rions à plein poumon quand il nous montre une de ses grandes fiertés : il a appris à un jeune chat, après deux ans d’entraînement, à faire des roulades (il n’est pas certain que Sirocco n’est à subir à notre retour des heures et des heures d’entrainement pour y arriver…). Et enfin, nous écoutons attentivement ses conseils pour la plantation de graines qu’il nous donne généreusement. Au diner, il nous réserve une nouvelle surprise : alors que nous venons de déguster une foultitude de délicieux petits plats préparés par Mr Cook, notre moine invite Cyril à une session de Kung Fu. Il enchaine mouvements de bras, mouvements de pieds et drôles de petits cris, alors que Cyril tente de se défendre tant bien que mal. Ce sport est finalement assez artistique et même si les mouvements semblent lents, ils exigent une grande concentration et précision. Echauffé, le moine se dévêt légèrement et nous pouvons constater à quel point ce sport permet aussi de se maintenir en forme. Epuisé, Cyril promet de s’entrainer pour son prochain passage dans la région…
A notre réveil, des villageois des trois villages environnants sont déjà réunis autour du monastère : ils doivent discuter de l’imminente arrivée d’un américain bienfaiteur et organiser son logement et ses repas. Cet homme a déjà beaucoup contribué pour ces communautés en finançant la construction d’écoles et l’achat de cochons pour les villageois. Une effervescence (toute relative) règne donc dans le coin.
La redescente vers le lac Inle se fait sur un bon rythme. Nous traversons des zones peu agréables où des feux de broussailles ont été allumés. Cela permet de nettoyer la végétation et ainsi d’accélérer la repousse. Mais parfois mal contrôlés, il arrive qu’un village se trouve aux prises avec les flammes. Des collines où nous sommes, il est possible de voir le lac malgré la brume de chaleur. Nous y arrivons vers les coups de trois heures. Le temps de prendre un long tail boat et nous pourrons enfin nous reposer à l’hôtel. C’était sans compter sur la réservation « made in Burma ». En effet, lorsque nous entrons dans l’hôtel que nous avions réservé, nous avons la joie de nous entendre dire que des personnes sont arrivées la veille, ont pris nos chambres et que, comme ils aimaient bien l’hôtel, ne les ont pas libérées. Après une discussion sans queue ni tête avec le manager et une fin de non recevoir, nous trouvons à nous loger dans l’hôtel, un peu moins bien, d’à coté. La soirée se passera tranquillement à discuter de notre étape en Birmanie avec Camille et Cyril qui doivent partir le lendemain. Sans aucun doute, les marches autour du lac Inle resteront comme l’un des meilleurs moments du voyage.
Date : du 5 au 7 Mars

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