Mandalay : pagode-ception ou pas


Après une nuit bien mouvementée et une courte sieste matinale, c’est donc dans une toute petite forme (et l’estomac encore dans les talons pour les filles) que nous abordons les grandes avenues de Mandalay.

Notre premier objectif est de visiter l’ancien palais royal. C’est donc plein d’ambition que nous attaquons par le coin sud ouest ce grand carré de 1,6 km de coté. Malheureusement, il n’y a qu’une seule entrée pour les touristes, se situant au milieu du coté Est.  Il nous faudra donc marcher sur près de 2,5 km pour atteindre notre but en longeant remparts et douves. Prenant notre courage à deux mains, nous décidons de commencer cette longue marche. Mais, après avoir parcouru seulement  la moitié du chemin, l’envie n’y est plus, la fatigue se faisant trop pesante. Nous renonçons au palais et sommes à deux doigts de rentrer directement à l’hôtel pour y finir notre nuit. Nous nous arrêtons toutefois pour déjeuner d’un gros bouillon aux pates pour les garçons et seulement d’un thé chinois aux vertus gastro-revigorantes pour les filles.

Après une bonne heure d’hésitation, nous nous décidons finalement, mais sans grande conviction, à visiter une des principales attractions de Mandalay : la colline du même nom sur laquelle sont perchées de multiples pagodes et dont on peut supposément jouir d’une belle vue sur la ville. Après une demi-heure de grimpette, nous arrivons finalement en meilleure forme au sommet. Cependant, le spectacle n’est vraiment pas à couper le souffle : la ville s’étend effectivement à nos pieds ainsi que des champs jaunis par le soleil mais la vue est quelque peu gâchée par un brouillard de chaleur. La grande pagode ne trouvant pas non plus grâce à nos yeux, nous rentrons à l’hôtel plein de questionnements : tant d’éloges nous avaient été faits de la Birmanie mais pour l’instant, hormis la pagode Shewadagon, rien ne nous émerveille véritablement… Serions-nous en train de passer complètement à côté du pays ?

Le lendemain,  même si de nombreux sites restent à explorer dans Mandalay, nous préférons partir explorer les alentours. Trois sites, anciennes citées royales, sont à notre programme : Amarapura et son fameux pont en teck U Bein, la colline de Sagain et enfin l’ile artificielle d’Inwa. Après un départ plus que chaotique dans le taxi bleu, nous quittons la ville pour s’enfoncer dans la campagne birmane.

Hormis le pont U Bein, Amarapura renferme une autre grande attraction : le déjeuner des moines. Entre 10h30 et 11h, après avoir fait leur toilette, les moines avancent en fil indienne jusqu’au grand réfectoire où leur est distribué, un à un, leur repas. Parmi la horde de touristes présents pour l’occasion, de généreux donateurs bouddhistes leur offrent riz, gâteaux (et même des Oreo !!!), sucreries et argent. La scène est assez ahurissante : les touristes se massent pour photographier au plus près le repas des moines, alors que ces derniers semblent complètement détachés de ce cirque et procèdent à leur rite ancestral sans ciller.  Cette intrusion est presque écœurante et nous quittons vite le lieu avant de nous transformer nous aussi en malotrus paparazzis. Nous reviendrons de toute façon en fin de journée pour profiter d’une luminosité plus douce et parcourir tranquillement le pont.

Aux portes de Sagain, nous découvrons enfin l’immense fleuve Irrawady : sur ses berges se détachent de manière incongrue des pagodes et des gruaux de tecks empilés.  Lorsque le taxi nous dépose pour  notre visite, nous avons un mauvais pressentiment : nous sommes aux pieds de la colline de Sagain, une version plus étendue de la colline de Mandalay. De mauvais gré, nous en faisons l’ascension et visitons quelques pagodes. Nous nous accordons pour dire que les pagodes ne sont définitivement pas notre tasse de thé et sommes à nouveau plongés dans une certaine perplexité par rapport à ce pays que nous n’arrivons pas à sentir !

Heureusement, l’étape suivante, Inwa, nous apporte quelques réconforts. Cette ile artificielle, accessible uniquement par bateau, semble d’un autre temps. En proie à une âpre négociation avec un horse kart, nous décidons de ne pas suivre le chemin qu’il souhaite nous faire emprunter (pour aller voir de nouvelles pagodes…) et prenons une piste au hasard qui traverse un village. Les maisons sur pilotis en bambou tressé ou en teck se succèdent dans une simplicité touchante ; les habitants, peu habitués à voir des touristes dans cette partie de l’île, nous sourient et nous guident vers quelques pagodes anciennes ; la campagne s’étend dans une sauvage domestication. Le conducteur de kart toujours sur nos talons, nous cédons avec un peu de pitié à sa dernière offre et regagnons le bac pour la terre ferme. La ballade nous a redonné envie de visiter le pays et nous partons plus optimistes pour le couché du soleil sur le pont U Bein.

Celui-ci s’étire au dessus d’un lac sur  1,2 km, ce qui en fait le plus long pont en teck au monde. Les lourdes poutres inspirent confiance et, d’en haut, sur de simples planches de bois, se dévoile une paisible campagne verdoyante et de curieuses parties de pêche.  Les hommes immergés attrapent à la main de beaux poissons qu’ils glissent dans leur longi, en guise de besace. Profitant de températures plus clémentes, de nombreux promeneurs parcourent ce pont dans le soleil couchant : bien sûr des touristes, mais aussi des couples d’amoureux, des groupes d’amis birmans, et les moines du monastère voisin…  Les couleurs sont magnifique et l’esprit paisible : les environs de Mandalay, qui ont bien plus à offrir en authenticité que la ville elle-même, ont eu raison de notre scepticisme et nous attendons avec impatience notre prochaine destination : la grande Bagan.

Date : du 25 au 26 Février 2010

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