Bagan : Pagodes à perte de vue


C’est par le fleuve Irrawaddy que nous souhaitions approcher Bagan, mais le gouvernement capricieux en a décidé autrement en limitant la navigation des ferries à quelques jours donnés dans la semaine, invoquant le coût du pétrole… et, en cette saison, la navigation rendue difficile par le manque d’eau. C’est donc en bus que nous nous y rendons avec des perspectives un peu différentes. A vitesse d’escargot sur des routes qui s’approchent plus de pistes ensablées que d’autoroutes macadamisées, nous traversons des zones de cultures pourtant arides, des villages de bambou au milieu de désert, des bras de rivière asséchés.  La poussière et la chaleur nous frappent dès notre arrivée sur le site. Nous trouvons alors refuge dans une petite oasis à New Bagan et nous détendons l’après-midi au bord de la piscine.

Requinqués et rafraîchis, nous déambulons dans cette « ville nouvelle » où les habitants, chassés de Old Bagan par le gouvernement « soucieux » de préserver le site archéologique, ont reconstruit de modestes maisons. Par hasard, nous débouchons sur le fleuve au moment du couché du soleil et assistons à de joyeuses baignades d’enfants. Quelques pas plus loin, une pagode dorée sonne le prélude à notre séjour sur le site : des milliers de pagodes en perspective.

Le site étant immense et les plus belles pagodes pas toujours accessibles par la route, nous optons, comme bien d’autres, pour la location de vélos. Les plus offrants sont  un couple de charmants petits vieux qui tiennent une auberge surannée dans la rue principale. Comme une référence au nom de son hôtel, «  Beauty Guesthouse », la maîtresse de maison s’est enduite soigneusement le visage d’une crème / poudre jaune. Nous avons croisé depuis le début du voyage un grand nombre de birmans et birmanes avec cette crème et nous apprenons qu’il s’agit d’une poudre issue de l’écorce d’un arbre aux vertus hydratantes et de protection solaire. Celle-ci est appliquée, selon la coquetterie de chacun, à de simples fins protectrices mais aussi parfois dans un véritable souci esthétique.  

Enfourchant nos vieux vélos aux selles rafistolées et rembourrées et aux freins défectueux, nous prenons la direction d’Old Bagan à proximité de laquelle se trouvent les temples les plus célèbres. Sur le chemin, nous prenons la mesure du site : où que nous tournions la tête, nos regards se posent sur des temples et pagodes, et ce à perte de vue. Dans un décor de western, ces constructions de briques avec chacune sa forme et sa couleur nous rappellent les « temples Kapla » de Kajuraho ou certains temples aztèques mexicains, mais nos yeux ne sont pas assez aguerris pour apprécier tous les détails et nous atteignons rapidement l’overdose. Sous la lumière crue de la mi-journée et dans la poussière en suspension permanente, nous ne ressentons pas l’envoutement décrit par « Le Routard ». Après avoir visité quelques temples, grimpé sur certains, nous changeons nos plans et modifions nos billets de bus pour le lendemain : plus Nicolas Hulot qu’Indiana Jones, une journée nous suffira pour les pépites de Bagan et nous préférons réserver plus de temps pour de la marche autour du Lac Inlé.

Avec nos vélos qui commencent à nous faire mal aux fesses, nous nous aventurons sur les chemins sablonneux. Nous pestons régulièrement après des ensablements qui nous contraignent à descendre de selle et à trainer nos bicyclettes sur plusieurs mètres mais poursuivons courageusement notre chemin de pagode en pagode. Des discussions se nouent avec les vendeurs ambulants qui cherchent à nous refourguer des peintures, des objets en laque, des cartes postales ou toutes autres babioles  pour quelques dollars… ou des produits cosmétiques, apparemment peu courants dans le pays (parfum, lipstick, mascara…).

Le soleil finit par faiblir et tout devient plus agréable : la lumière est moins crue, le site prend une douce couleur ocre et les pagodes arborent des reflets nous rappelant l’Uluru. Du haut d’un temple (spot réputé…), nous attendons patiemment le couché du soleil : le site s’étend à nos pieds et de loin en loin des pagodes se détachent parfois très clairement dans le ciel rougeoyant, parfois enveloppées d’une légère brume de chaleur. Nous comprenons enfin l’engouement que peut susciter Bagan chez un grand nombre de visiteurs, mais réaffirmons aussi notre manière d’apprécier un site : elle tient beaucoup plus d’un sentiment général et d’une vision globale que d’un souci du détail.  Si nous devions le refaire, nous nous doterions d’excellents VTT et parcourrions les chemins de traverse uniquement au couché et au levé du soleil.


La nuit tombant rapidement, il nous faut nous dépêcher car nous n’avons qu’une vague idée de la direction à emprunter pour rejoindre la route goudronnée et le village. Au départ, le chemin est soigneusement tracé mais quelques embranchements viennent semer le doute et nous espérons ne pas nous être perdus en pleine brousse. Un villageois nous « sauve » finalement d’une inconfortable nuit à la belle étoile et nous indique le chemin à suivre, traversant son modeste village.

Date : du 27 au 28 Février 2010

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