Du plateau des Bolovènes aux rives du Mékong : hit the road


Nous nous réveillons de bonne heure, assez excités et un peu inquiets à l’idée de nous lancer dans cette aventure en motobike. Une mini-baguette plus tard en guise de petit déjeuner et nous voilà sur la route. Pour ses premiers kilomètres, Quentin fait très attention et prend ses marques : le plus compliqué est le passage de vitesse au pied ainsi que la gestion des tournant compte tenu de la lourdeur de l’engin. Sans dépasser les 40 km/h sur une route bien goudronnée, nous laissons dépasser par les autres bikers Laos. Nous ne sommes heureusement pas perturbés par le peu de trafic…mais également par le peu de panneaux indicateurs. Il faut donc être très vigilant quant au kilométrage pour ne pas se tromper. Après une petite heure de conduite, nous nous détendons, jusque là pas de frayeur (sauf peut-être quelques changements de vitesse poussifs) ni d’erreur de route : notre grand tour autour de Pakse peut commencer !

Nous arrivons rapidement à la première attraction : un ecolodge, perdu dans la jungle et donnant sur une petite cascade. Le complexe consiste en quelques bungalows de bois bordant la rivière, un joli restaurant et un village ethnique reconstitué. Si les bungalows et le restaurant s’intègrent parfaitement dans le paysage, le village est un peu trop propret pour faire vrai. En regardant paisiblement la chute d’eau, cette halte nous permet de gouter à de succulents cocktails de fruits, dont nous recherchons sans véritablement réussir la liste des ingrédients.



Poursuivant notre chemin, nous découvrons un paysage beaucoup plus fouillis en comparaison des autres pays asiatiques que nous avons traversés. La végétation est tantôt plus fournie et déjà plus verte avec un mélange de hautes herbes, palmiers, bambous, pinpins … ; tantôt brulée par le soleil ou des feux, ou encore bien rasée pour des raisons qui nous échappent. Les villages s’égrènent au bord de la route, également moins ordonnés : les maisons sans clôture pour délimiter les propriétés sont globalement construite autour d’un même style mais utilisent plus les matériaux possibles (bambous, bois ou béton). De ce patchwork ressort étonnamment une impression de tranquillité, renforcée par la faible densité de population et la discrétion des habitants.


Alors qu’au loin se dessine le plateau des Bolovènes, masse rocheuse surplombant toute la plaine, la motobike nous offre une liberté que nous n’avions peut-être pas su capter auparavant. Pour l’instant, nous n’osons pas encore sortir complètement des sentiers battus (et des limites de notre carte…) et nous jouissons de cette liberté à travers de petits riens : déjeuner au hasard dans un restaurant au bord de la route, s’arrêter quelques minutes pour se reposer, pousser un peu plus loin un chemin pour aller voir une cascade presque asséchée… Ce n’est pas grand-chose mais après le cloisonnement que nous avions pu ressentir en Birmanie, nous en profitons pleinement !


Continuant notre chemin, nous parvenons dans l’après-midi à notre point de chute de la journée, au village Tat Lo, situé au bord d’une rivière aux multiples cascades. Les chutes d’eau en tant que telles ne sont pas des plus extraordinaires, mais le site dans son ensemble possède un véritable charme. Encouragés par un Laotien à se jeter à l’eau, nous prenons donc avec plaisir un bon bain frais au pied de l’une d’elle : les quelques muscles encore crispés à cause de la route se délasseront ainsi plus facilement dans les remous et le courant.


Le deuxième jour, nous commençons à nous élever doucement sur le plateau. Nous sommes entourés de caféiers où il est possible de voir de temps en temps des grains rouges ou verts. Dans les nombreux villages que nous croisons, parfois intégrés dans les plantations, nous sommes surpris d’y croiser régulièrement de grands bâtiments en bois ou en béton. Il s’agit en fait d’écoles découpées en plusieurs classes aux fenêtres grandes ouvertes. A l’heure de la récré, les enfants, dans leurs uniformes, jouent sur des immenses pelouses, partagent des secrets sous les arbres ou vont dans les maisons du voisinage. Quand l’heure du déjeuner et de la fin des cours approche, les enfants regagnent leur village à pied, à vélo voire même pour les plus grands en motobike, sagement en fil indienne sur la route. Enfin un pays dans lequel nous avons le sentiment que les enfants bénéficient d’une éducation et ne sont pas juste exploiter par leurs parents pour gagner un peu d’argent !


Après avoir quelque peu hésité, nous décidons de rejoindre Paksong pour la soirée. La route y menant commence par une piste de terre rouge dont les 50 premiers kilomètres sont vraiment magnifiques. Nous avançons dans une jungle luxuriante où seul le bruit de quelques cours d’eau et le chant des grillons viennent perturber la tranquillité des lieux. En gagnant en altitude, la température devient beaucoup plus agréable et nous bénéficions de l’ombre bienfaitrice des immenses arbres de la forêt. Sans croiser personne, nous pouvons jouir tranquillement de la vue sur des chutes d’eau impressionnantes et traversons des plantations de café à perte de vue. Après ces quelques heures de plaisir à rouler, l’approche de Paksong se trouve être beaucoup plus complexe : il y a bien une route goudronnée mais c’est tel un gruyère de nids de poule que les bas côtés en deviennent les seuls carrossables. Malgré notre allure très modérée, la fatigue et la lassitude ont raison de notre concentration et un dernier trou fait coucher la moto sur le flanc : Quentin est le seul amoché avec quelques éraflures au bras et au genou. Heureusement, rien de bien grave et, finalement, bien plus de peur que de mal ! Cette petite chute ne saurait gâcher la belle journée que nous avons eue.


Le lendemain, après un rapide check-up de la motobike, nous profitons du plateau des Bolovènes et de ses attractions : du fait de son élévation, non seulement le climat est propice à la culture de café et de thé mais les cascades sont légion. Notre choix se porte sur deux d’entre elles : Tat Yung et Tat Fan qui peuvent être reliées à pied à travers la jungle. Depuis la cascade à palier de Tat Yung, où nous nous amusons du tourisme thaïlandais, nous empruntons donc un sentier désert. La végétation nous entoure de toute sa hauteur et nous entendons en contrebas la rivière. Un drôle de Laotien, aux yeux clairs, armé d’une machette et venant de cueillir un jack fruit, nous guide et construit par moment des marches jusqu’à la rivière. Quelques mètres plus loin, un grondement se fait entendre : nous sommes au sommet de Tat Fan et, devant nous, le vide ! La chute s’écrase 120 mètres plus bas, au fond d’une immense vallée verdoyante. Poursuivant encore sur le sentier, nous traversons l’autre bras de Tat Fan, beaucoup plus calme, et enfin grimpons jusqu’à un resort bénéficiant de la meilleure vue sur la cascade. Les deux bras plongent au milieu d’un océan de verdure dont nous ne pouvons voir le fond. Sur le chemin du retour, nous décidons de suivre le lit de la rivière, espérant pouvoir atteindre Tat Yung de cette façon. Nous avançons, tantôt sur la terre ferme au milieu de herbes folles, tantôt sur les rochers érodés, et parfois les pieds dans l’eau claire et fraîche.Alors que nous touchons au but, nous apercevons deux jeunes pêcheurs au loin qui disparaissent derrière un coude de la rivière puis réapparaissent au sommet de la dernière chute d’eau à passer. Nous les hélons mais en vain : arrivés au pied de la petite cascade, nous sommes bloqués et n’arrivons pas à dénicher le chemin emprunté par les gamins. Dépités, nous rebroussons chemin : peut-être un sentier que nous avions aperçu précédemment nous permettra-t-il de franchir l’obstacle. Plutôt escarpé, il nous oblige à de drôles de contorsions, un peu d’escalade et un test d’équilibre sur une branche d’arbre. Quentin pousse un cri de joie au sommet : nous avons retrouvé le chemin du matin et ne sommes qu’à quelques mètres de l’arrivée. Une belle aventure dans un cadre idyllique!


Nous reprenons la route en direction de Champasak situé à une soixantaine de kilomètres au sud, sur l’autre rive du Mékong. La traversée est mémorable : soleil couchant en toile de fond, nous embarquons la moto sur un bac constitué de deux pirogues. Sur l’autre rive, la route court à travers une ville mignonette et fleurie et nous dégotons un joli bungalow dont la terrasse donne sur le fleuve et sur l’ile de Don Daeng.


Champasak est une ancienne cité royale, qui a conservé des vestiges d’un temple de la période pré-angkorienne. Il n’en reste malheureusement que des ruines, peu lisibles, et le site est finalement assez décevant. Même si nous apprécions tout particulièrement l’atmosphère détendue et joyeuse de la ville, nous reprenons le bac et entamons notre descente vers le grand sud du Laos et les 4000 Iles.


Date : du 17 au 20 Mars

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