Boucle Centre : à fond les fessiers !
Après une journée passée dans un bus local (8 heures pour 300 km, no comment…), avec pour seul fait remarquable l’arrêt dans un marché où sont vendus des insectes en tout genre, dont des grillons vivants qui eurent le loisir de chanter dans le bus, nous arrivons à Tha Khaek, bourgade située sur le Mékong.
Dans le tuk-tuk qui nous amène au centre ville, nous discutons tranquillement sur la longueur des bus et sur le prix exorbitant du taxi qui nous emmène en ville. Alors que nous faisons un premier arrêt dans un hôtel, nous remarquons que nos 3 co passagères sont françaises. Nous les aidons gentiment à débarquer leurs bagages, aucun mot aucun merci mais juste un petit « thank you » prononcé avec un fort accent français. Surpris, nous nous interrogeons mais il nous semble difficile de croire qu’elles n’aient remarqué que nous étions Français. Cette attitude étrange de non communication n’est heureusement pas le lot commun, mais nous sommes régulièrement surpris de voir des touristes occidentaux détournés le regard en nous croisant - alors qu’ils inspectent tout autour d’eux – comme si nous faisions tâche dans leur paysage, que nous gâchions en quelque sorte l’authenticité de leur voyage. Il sera certainement plus agréable de raconter à leur famille ou à leurs collègues qu’ils étaient dans un petit village perdu au milieu de la jungle avec des locaux et sans aucun occidental à mille lieux autour, que d’échanger un petit mot ou un simple sourire avec nous.
Dès le lendemain, nous entamons une nouvelle virée de 3 jours en motobike. Juste avant de nous engager dans cette folle aventure de 500km, nous petit-déjeunons d’une énorme baguette au pâté (les Français ont eu la bonne idée de former d’excellents boulangers au Laos !) puis nous décidons d’aller faire quelque course au supermarché du coin. Alors que nous apprêtons à payer, le manager nous annonce la somme dans un excellent français sans accent. Surpris, nous engageons la conversation et apprenons que ses parents se sont installés dans le nord de la France il y a 20 ans et qu’il est revenu au pays en 1995. De ces années passées en France, il a donc gardé un français parfait certainement entretenu par la diffusion en continu de TV5 Monde dans la boutique. Son business n’est pas des plus florissants, le monde de la distribution étant encore centré sur les marchés et les petites boutiques et soumis à d’importants pots de vin, mais un projet de barrage d’EDF/EDL dans la région amène son lot d’expatriés en quête de beurre Président, de Bleu d’Auvergne et de petit-pois Bonduelle qu’il est le seul à pouvoir approvisionner depuis la Thaïlande. Même si le magasin ressemble plus à un Lidl désordonné qu’à un Monoprix, ils sont prêts à payer le prix fort pour retrouver un peu du pays…
La première partie du circuit fait la part belle aux grottes. Il faut dire qu’avec les monts rocailleux qui surgissent dès la sortie de la ville, celles-ci sont légion dans la région. Nous n’en visitons que deux, n‘étant pas particulièrement portés sur la question : la première a une toute petite entrée mais est bourrée d’images de bouddha en pierre ou en bronze ; la seconde est plus rigolote car une rivière la traverse. Nous sommes guidés dans le noir par un Laotien sorti de nulle part et un peu bizarre, et nous nous déplaçons dans les ramifications de la grotte les pieds dans l‘eau en observant les stalactites.
Après une cinquantaine de kilomètres à travers de beaux paysages verdoyants, au pied d’immenses falaises, nous nous concertons sur la suite de la journée : rejoindre un village comme décrit dans le guide pour passer la nuit ou poursuivre jusqu’à Lak Sao à 80 km au nord. Il est 14h et nous optons pour la version longue. Dès le départ, nous savons que ce trajet va être pénible car la route est connue pour être mauvaise, mais nous n’imaginons pas à quel point. Calmés par notre précédente chute, nous avançons à allure raisonnable qui s’apparente souvent à celle d’un escargot. Sur les 30 premiers kilomètres, la piste n’est pas si mauvaise mais alterne gravillons, sable, terre. Autour de nous, la jungle est parfois complètement inondée : nous imaginons que la présence d’un barrage dans les environs explique cette étrangeté. Les reflets du soleil sur cette rivière qui déborde confèrent malgré tout au paysage une incroyable douceur. Les 50 km suivants sont beaucoup plus éprouvants, la route s’étant progressivement transformée en un chemin parsemé de grosses pierres et de trous. Nous ne croisons que peu de voitures et un groupe de chasseurs. Il y a bien quelques villages mais aucun ne possède de guesthouse et, malgré la fatigue, nous n’osons pas nous arrêter pour demander l’hospitalité. La nuit tombe et il nous reste encore 10 km à parcourir (soit une bonne demi-heure !), avec un brouillard et de la poussière dégradant énormément la visibilité. Quand les lumières de la ville apparaissent, nous poussons un énorme soupir de soulagement : il est 19h et il nous aura fallu 5 longues heures, quelques sueurs froides et de nombreux rebonds sur nos fesses endolories pour atteindre notre objectif.
Une fois attablés, nous nous disons que les paysages de toute la section que nous avons traversée ne justifient pas l’enquiquinement d’un tel trajet : ceci permet de faire une boucle mais à quel prix d’énervement et quel risque d‘accident ! Une fois la route refaite, peut-être les voyageurs auront-ils plus le loisir de contempler et d’apprécier les alentours, mais en attendant, ça ne vaut pas vraiment le coup… Derrière nous, un feu crépite et en son centre une drôle de bête : les propriétaires de la guesthouse ont convié leurs amis pour un méchoui de chèvre. Quentin est invité à partager un verre de l’amitié de bière et de lao lao (alcool de riz local) puis à déguster un bout de la chèvre, en évitant habilement les intestins et en triant la viande du cuir et des poils calcinés de la bête.
Pendant la nuit, de violentes pluies font rage mais au réveil nous passons une fois encore entre les gouttes, malgré le ciel menaçant. Nous nous félicitons d’avoir poussé jusqu’à la route principale la veille au soir : patauger dans la gadoue aurait été de trop dans notre calvaire. Dans une fraîcheur inhabituelle, nous glissons à travers les monts encore embrumés dont se dégage une ambiance maléfique à la Tolkien.
Les paysages qui mènent jusqu’à la grotte de Kong Lo, véritable attraction de la région, sont fantastiques : il s’agit d’une grande plaine, utilisée pour la culture du riz, entourée par des pics. Plus nous approchons de la grotte et plus nous sommes enserrés entre ses rochers. La grotte de Kong Lo est un énorme tunnel de plus de 7 km de long sous lequel coule une petite rivière. Alors que nous commençons à pénétrer dans l’antre de la bête, tels Pinocchio dans le ventre de la baleine, nous sommes d’une part impressionnés par la taille de la grotte mais également par le trafic de marchandise qui y est curieusement intense. Malgré le niveau très bas de la rivière par endroit, ce qui nous oblige à descendre et remonter régulièrement de notre pirogue, de nombreuses embarcations remplies de colis bleus suivent le chemin opposé au notre. Malgré ce que nous pouvons penser, il est certainement plus facile d’utiliser la voie fluviale. Les 7km défilent lentement dans la pénombre. Normalement, il est possible d’admirer des stalactites et des stalagmites superbement éclairés grâce à une aide de la région Rhône-Alpes, mais nous n’aurons pas cette chance, l’électricité ayant été apparemment coupée. Au bout de cette longue traversée, nous débouchons sur un magnifique cirque de pics et un petit port d’où partent les marchandises. Nous n’y resterons qu’une petite heure à discuter avec un Québécois en vacances avant de repartir par le même chemin.
De nouveau sur notre terrible engin, nous continuons notre route. Pour éviter de trop penser à nos arrières trains endoloris, nous nous lançons dans l’élection de la bête la plus bête en matière de traversée de route : sans aucun conteste, la poule remporte haut la main le concours - elle ne possède en effet qu’un seul neurone qui lui permet uniquement d’avancer devant le danger. Derrière, suivent la chèvre (un peu fofolle et chaotique) et la vache (confiante, elle s’impose).
La redescente vers Tha Khaek s’annonce longue le lendemain : environ 150 km de route d’abord de montagne puis sur la route principale du pays. Un petit tour au marché pour acheter beignets et bananes, et nous prenons notre petit-déjeuner au point de vue surplombant toute la plaine : la vue y est superbe avec tous ces pics karstiques qui entourent la route menant à Kong Lo que nous devinons au loin.
La redescente vers Tha Khaek s’annonce longue le lendemain : environ 150 km de route d’abord de montagne puis sur la route principale du pays. Un petit tour au marché pour acheter beignets et bananes, et nous prenons notre petit-déjeuner au point de vue surplombant toute la plaine : la vue y est superbe avec tous ces pics karstiques qui entourent la route menant à Kong Lo que nous devinons au loin.
En chemin, nous traversons un village en fête : les habitants cherchent à récolter des fonds pour leur pagode et des jeunes filles nous piquent de pin’s porte-bonheur sur le bras, tout en chantant et dansant sur la route. C’est un des rares témoignages de vie religieuse que nous avons pu observer depuis notre arrivée au Laos. Certes, presque toutes les villes ont un site religieux constitué d’une petite tour protégeant un gong, une sorte de vaste préau, une ou deux simples pagodes et enfin des « tombes » colorées, mais l’ensemble a souvent l’air complètement déserté. Nous n’y avons observé aucun rite et les moines sont peu visibles. Religion et pensée communiste ne feraient-elles pas bon ménage ?
Les kilomètres défilent et nous passons de nombreuses rivières. Parmi les images que nous retiendrons très sûrement du Laos, la multitude des cours d’eau et la luxuriance de la végétation seront en tête. Nous sommes pourtant presque à l’apogée de la saison sèche et, malgré tout, le pays semble bénéficier de riches réserves d’eau. Après l’aridité du Myanmar, c’est comme un véritable plongeon rafraîchissant.
La boucle est bientôt bouclée mais à moins de 20 km de notre arrivée, nous crevons : rageant ! C’eut été trop beau de ne pas rencontrer ce type de petit désagrément sur une route parfaitement goudronnée lorsqu’on vient de faire plus de 100 km sur des routes caillouteuses ...
De retour à Tha Khaek, nous partons à la recherche de la boulangerie vietnamienne que nous ne trouverons jamais, et finissons par nous installer sur la place principale pour grignoter des petites saucisses au gingembre et du bœuf séché au sésame. Petit à petit, des vendeurs ambulants viennent s’installer à cet endroit privilégié, où les gens se réunissent que cela soit après l’école ou le travail pour profiter de la vue sur le Mékong. Tout semble ici propice au farniente, si bien que même un « assassin » (un alsacien avec l’accent laotien) projette d’y passer sa retraite.
Date : 22 au 25 Mars
Publié :
mardi 30 mars 2010
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3 comments:
Coucou ! En vous relisant, ça nous a rapellé nos souvenirs du Laos pas si vieux que ça (il y a 6 mois). On avait fait les deux boucles comme vous, mais sur la boucle sud, on avait pas pu passer la piste qui mène à Paksong (trop boueuse). On espère que votre moral continue à être bon.
Profitez bien en tout cas, parce que le retour, c'est une autre paire de manches. Nous ça fait deux mois qu'on est rentrés et ça commence enfin à le faire.
On a aussi fait le même petit tour il y a quelques mois, dans l'autre sens je crois. Perso, c'est un des endroits les plus magiques que j'ai vu. Certes douloureux pour le fessier mais vraiment époustouflant.
@Fred: La partie vers Lak Sao est en effet longue et douloureuse (surtout lorsqu'on est deux sur une petite moto :))Mais, comme tu le dis,c'est vraiment un endroit magnifique et sans aucun doute un immanquable du Laos avec le plateau des bolovènes!
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