Siliguri : interlude familiale


Rien ne nous prédestinait à rester à Siliguri. Principale gare menant à Darjeeling et ville sans grand intérêt touristique, il s’agissait d’une étape obligatoire avant de monter dans les hauteurs pré-himalayennes. Nous devions arriver par le train aux alentours de 14h et prendre une jeep pour être à Darjeeling en début de soirée. C’était sans compter sur les huit heures de retard qui allaient s’accumuler durant le trajet. Arrivés finalement à plus de 21h, nous nous résignions à passer une nuit à Siliguri. Une simple question à une famille indienne quant au prix d’une course pour se rendre à la station de bus allait quelque peu bouleverser nos plans…

A peine la question posée, un jeune homme s’appelant Anand et ayant un accent étrangement britannique nous propose très gentiment de nous accompagner en Jeep entre New Japailguri où se trouve la gare et Siliguri. Une partie de sa famille partant le lendemain pour Darjeeling, il nous propose également de passer la nuit chez lui avec toute sa famille en nous disant que cela sera plus simple pour nous. Assez incrédules, nous décidons d’accepter. Une fois les bagages solidement harnachés sur le toit, nous démarrons ainsi notre route à onze.

A peine après avoir parcouru cinquante mètres, un homme saute brutalement sur le rebord de la jeep. La voiture s’arrête d’un coup. Nous comprenons rapidement que l’homme a subtilisé les clefs ! Le chauffeur sort alors de la voiture, suivi peu après d’un cousin d’Anand puis d’Anand. Sans vraiment comprendre la situation, nous regardons perplexe ces quatre hommes débutant une discussion animée. Au bout de dix minutes, le petit groupe revient enfin. Anand, passablement énervé, nous explique que le chauffeur de la jeep n’avait pas voulu payer le « pseudo-parking » et donc que le « pseudo-gardien » avait jugé bon d’utiliser la manière forte pour récupérer son dû. Alors que nous traversons une rivière, Anand nous explique que celle-ci marque la frontière entre Siliguri et New Japailguri mais aussi entre deux types de populations : une à majorité Bengali et une autre à majorité Népalaise. Apparemment, les tensions sont importantes entre ces deux groupes…
Arrivés chez Anand, avec la claire consigne de faire comme à la maison, nous partageons le diner avec la famille. Ce repas est pour nous l’occasion d’apprendre LA technique pour manger du riz en sauce avec uniquement sa main droite, nos maladresses les ayant obligés à nous révéler ce secret. Repus, nous nous installons dans le petit lit de fortune mais douillet qu’ils nous ont préparé dans la pièce jouxtant la chambre de la mère d’Anand. Alors que la maison s’endort, nous avons du mal à réaliser que nous allons en fait dormir dans une maison de parfaits inconnus.


Le lendemain, tout ce beau monde se réveille vers 6h30. Alors que certains des enfants se préparent à partir pour l’école, nous sommes traités comme des pachas avec thé et petit déjeuner. Anand (et peut être également sa mère) voyant la barbe de Quentin un peu trop longue lui propose de le suivre chez le barbier. C’est une première et il ressort comme un petit poulet tondu ! Ensuite, en épluchant quelques unes de ses photos de voyages, nous attendons patiemment les instructions d’Anand pour notre départ à Darjeeling. Sans vraiment savoir ce qu’il se passe réellement, notre départ est différé au lendemain : les conducteurs de jeep faisant grève entre 12h et 14h, nous arriverions trop tard à Darjeeling. Notre journée est donc entre les mains d’Anand.

Il commence par nous emmener dans les plantations de thé avoisinantes, Nous sommes surpris en découvrant ces petites arbustes tous ronds qui s’alignent à perte de vue: certains sont tout verts et serviront à la récolte de cette année, d’autres complètement dénudés attendront une année. L’usine de traitement du thé n’est pas en activité à cette saison : les différentes machines de nettoyage, séchage ; etc… sont en cours de révision et seuls quelques ouvriers sont présents, sur les 120 en haute saison.


Anand nous conduit ensuite dans un « hotel » tenu par des amis, en réalité bar qui sert de la bière. Installés en arrière-boutique, il nous raconte son histoire et la dure réalité de sa famille. Sa passion, c’est la montagne et il a longtemps travaillé comme guide pour une compagnie britannique au Népal, avant de partir en Angleterre pour gagner un peu plus d’argent pour subvenir aux besoins médicaux de son père malade. Le père militaire décédé quelques années auparavant, Anand a été contraint de rentrer en Inde et s’est retrouvé propulsé à la tête de la tribu et des pièces rapportées : sa mère, un peu dépressive et très exigeante vis-à-vis d’ Anand ; sa sœur, mariée et mère d’une fille de 11 ans ; son jeune frère, marié, père de 2 garçons de 2 ans et demi et 4 ans et éleveurs de chiens ; son épouse, enseignante, et son fils de 8 mois ; ainsi que tous les cousins plus ou moins éloignés qui semblent émergés de tous les coins de rue…Les longues années passées à l’étranger l’ont profondément transformé et l’ont quelque peu marginalisé dans ce modèle familiale indien traditionnel. Les rêves entrepreneuriaux ne lui manquent pas, l’envie de quitter cette maison qui pourtant lui appartient et vivre de son côté avec sa femme et son fils est vive, mais pourtant le poids des traditions et la dépendance financière de sa famille lui lient les mains. Nous sentons chez ce jeune homme fragilité, rancœur et incapacité à se rebeller qu’il ne peut exprimer face à sa famille. L’après-midi s’égrène ainsi au fil des bières et des momos (raviolis tibétains), et nous rentrons pour faire quelques courses au marché avec la mère puis préparer le repas de poisson et de viande.


Le lendemain, notre départ pour Darjeeling est confirmé : la famille est au grand complet pour nous dire au revoir et nous faire promettre de repasser par la maison en descendant de Darjeeling.

 

1 comments:

Unknown a dit…

Hello les amis!!
incroyable cette rencontre avec cette famille...
continuez a donner des nouvelles et surtout PROFITEZ
Gros bisous

Flo, Titia & Joann

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