Varanasi : la ville au fleuve sacré


Arriver à 4h du matin dans une grande ville n’est jamais agréable. Si dans la majorité des pays occidentaux il n’y a pas un chat dans la rue, ici, la gare est déjà remplie. Ou plutôt, elle n’a pas vraiment désemplie, offrant un toit aux voyageurs dont le train est en retard et qui dorment à même le sol. Toujours là au rendez-vous, une horde de rickshaws nous attend également de pied ferme. Après quelques grandes rues traversées à bord d’un de ces bolides, nous finissons notre chemin vers notre guesthouse dans les étroites et sombres ruelles de l’ancienne Bénarès, ville sainte pour l’Hindouisme et le Bouddhisme.


Nous y rencontrons une Sud Africaine, arrivant tout juste du Népal, avec qui nous sympathisons et attendons le levé du soleil sur le roof terrasse de l’hôtel, en sirotant de bons chai. De cette hauteur, nous avons un premier aperçu de la construction de la ville : la rive Ouest du Gange où nous nous trouvons et qui s’étend en forme de croissant le long du fleuve concentre l’essentiel des habitations et de la vie, alors que la rive Est semble à première vue complètement inhabitée, très certainement à cause des inondations qui font doubler la largeur du fleuve lors de la mousson.

Une fois nos chambres investies, nous partons tous les trois à la découverte de la ville et débutons notre promenade sur les ghats qui longent le Gange. Ces sortes de larges escaliers permettent d’accéder très facilement au fleuve sacré et occupe chacun un rôle particulier : certains sont en effet dédiés à la lessive, au nettoyage corporel, aux purifications (ablution, rasage de cheveux…) et enfin deux d’entre eux, plus complexes à appréhender, consacrés à la crémation. Au large, de frêles embarcations emmènent de nombreux pèlerins venus se recueillir dans la ville sacrée. Au fil de ces quelques 80 ghats, toute la vie spirituelle semble s’être organisée.

En remontant à travers les ruelles surplombant les ghats, nous retrouvons les aspects désormais familiers des villes indiennes : bruit, embouteillage de rickshaws, échoppes, boutiques de sucreries…Une ambiance et un rythme complètement différents de celui des ghats, comme si sous un même nom deux villes cohabitaient.

Au pied de l’hôtel se trouve le Manikarnika Ghat, le ghat le plus important pour les crémations. Quel étrange spectacle que ces grosses buches de bois qui s’empilent et sont pesées en vue du rituel sacré! Dans les ruelles avoisinantes, nous croisons un cortège : des hommes portent sur leurs épaules un brancard de bambous, recouvert de tissus colorés et de guirlandes de fleurs, et entonnent des incantations répétitives et monocordes. Nous n’avons que peu de doutes sur la nature de ce cortège un peu surréaliste et nous lançons dans la poursuite malsaine de ce corps transporté vers le ghat. Sur place, des buchers se consument déjà, dans des effluves d’huiles essentielles. Les animaux (chiens, vaches, buffles…) qui viennent fouler et remuer les cendres des buchers précédents ainsi que les vaguelettes du Gange qui les entrainent vers les lieux de baignades des croyants, nous laissent perplexes. Prostrés quelques minutes devant ce spectacle inhabituel, la mort nous attire et répulse en même temps.

Sous un soleil éclatant, nous quittons un peu mal à l’aise ce lieu et poursuivons notre promenade vers le Sud, en alternant les ghats et les ruelles de la ville. Depuis 8h30 le matin, la journée semble s’éterniser. Nous atteignons enfin l’Université réputée de Bénarès, qui coïncide avec l’extrémité des ghats. De cet endroit, la ville s’étend sous nos yeux, dans un méandre du Gange : au milieu de bâtiments colorés et de hauteurs variées, des filets de fumée continuent à s’élever.

Le lendemain, après un repos bien mérité, Catherine nous conduit dans le quartier musulman où se trouvent des fabriques de soie. Un des marchands est particulièrement réputé et nous fait visiter rapidement son atelier. Des métiers à tisser manuels côtoient des machines plus industrielles un peu datées. Le marchand nous explique que les plus belles pièces de soie doivent être réalisées à la main à cause de la fragilité du fil tandis que les machines sont utilisées pour les matériaux synthétiques. Nous ne sommes pas toutefois complètement séduits par ces étoles et nappes, et laissons Catherine négocier ses quatre pièces.

Nous passons tranquillement l’après midi en attendant notre train et une des cérémonies se déroulant sur le ghat le plus animé de Varanasi. A la nuit tombée, sous les yeux de centaines d’hindous, des prêtres récitent en musique des poèmes sacrés et se livrent à des danses en manipulant des encensoirs. Ce spectacle calme tranche avec celui qui se déroule plus haut sur la route principale : des chars et des sono-rickshaw-mobile avancent dans un bruit assourdissant, suivis par des hordes de jeunes indiens se déhanchant au rythme de musiques techno. Une sorte de technoparade pour célébrer la pleine lune ???

Il est temps de quitter Varanasi pour prendre notre train. Sous un ciel étoilé, nous traversons pour la première fois le Gange. Nous continuerons maintenant notre périple sur les rives Est du fleuve sacré.

Date : du 29 au 30 janvier

1 comments:

Sophia a dit…

Aujourd'hui grève sncf: 2 tgv sur 3
Stan a signé son CDI!
Guigui trouve toujours la tour Eiffel quelconque
Eliane va faire son assessment center
Rémi demande quand vous allez en Turquie
Je reviens d'une semaine au synchrotron avec une gastro

Gros bisous à tous
Vous nous manquez!

Enregistrer un commentaire