Flores : l’enfer vert

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Pleins d’attentes vis-à-vis de cette ile de Flores dont des voyageurs nous ont vanté les éloges, nous nous envolons le 30 Avril, pour l’anniversaire de Céline, vers Maumere.

Depuis le ciel, nous découvrons une région aux multiples iles, certaines bien vertes, d’autres plus sèches, quelques villages traditionnels égarés au milieu des reliefs, de longues plages de sable blanc, des criques aux eaux turquoises. Déjà, nous nous imaginons dans un charmant bungalow sur une plage déserte, célébrant dignement les trente bougies de Céline.

Malheureusement, l’entrée en matière à Maumere ne tient pas toutes ses promesses. A peine avons-nous récupéré nos sacs à dos qu’une horde de chauffeurs se jettent sur nous, proposant des tarifs délirants pour parcourir les 3km qui nous séparent du centre ville. Agacés, et malgré un ciel couvert, nous décidons de rejoindre à pied la ville et de décider sur place de la suite des évènements. En chemin, nous partageons nos premières impressions, assez négatives : une ambiance très particulière baigne la citée, la pauvreté est flagrante, l’inhospitalité des habitants aussi. Des jeunes planant complètement passent en trombe dans des bemos aux vitres fumées, de la musique reggae à tue-tête.

Arrivés à la station de bémos, l’après-midi est déjà bien entamée et l’ambiance ne nous inspire pas vraiment confiance pour alpaguer une voiture et se rendre à 20km de là. Nous décidons donc de passer la nuit à Maumere et de se renseigner sur les attractions alentours. Nouveau coup de cafard quand nous découvrons le seul hôtel petit budget encore debout de la ville : une chambre on ne peut plus sommaire, des prix pas si « budget » que ça et l’accueil dédaigneux d’un guide qui ne nous laisse même pas le temps de poser nos affaires pour nous proposer un trip en voiture de 5 jours à 300€ ! Nous avons envie de prendre nos jambes à nos cous mais malheureusement les alternatives sont maigrichonnes…

Nous réussissons à nous échapper des griffes de ce désagréable personnage et, en nous promenant dans des rues désertes, nous débouchons sur le port où un gros ferry procède à des débarquements/embarquements. Quelques pêcheurs armés de bobines de ficelle essaient d’attraper des poissons dans une eau claire. L’un d’eux nous rejoint et entame la discussion dans un difficile anglais, tout en essayant d’accrocher laborieusement son hameçon.

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Au-delà de la ville, de jolies collines ont réussi à se débarrasser de leurs nuages gris qui ont laissé progressivement la place à une grosse pleine lune. Un bateau plus luxueux que les autres nous interpelle : ce grand voilier accueille de riches plongeurs américains venus découvrir les merveilles sous-marines entre Bali et les iles de la Sonde. Nous ne sommes pas les seuls curieux et nous commençons à discuter avec un navigateur français, ayant parcouru en solitaire sur son voilier les milliers de miles séparant la Polynésie de l’Indonésie. La discussion se poursuit autour du diner auquel nous a rejoints Christine, une voyageuse française qui est arrivée sur le même vol que nous. Bière, riz, cuisse de poulet et bavardages de baroudeurs plus tard, nous allons nous coucher le cœur un peu lourd, avec l’intention de quitter la ville le lendemain à la première heure. Nous mettons de côtés nos premières intentions de trouver de jolies plages dans les environs et de nous rendre dans les autres iles de la Sonde qui avaient pourtant l’air sympathiques. Apparemment, les transports y sont complexes et l’Ouest de Flores tout aussi intéressant.

Nous attrapons donc un Bémo pour Moni au petit matin, point de départ pour explorer le volcan Kelimutu, unes des attractions phares de l’ile. Après des tours incessants dans la ville pendant une heure trente afin de remplir son véhicule, le chauffeur se décide à prendre la route. Dès la sortie de la ville, nous nous retrouvons plongés dans une jungle épaisse de palmiers, cocotiers, bananiers, caféiers, cacaotiers…Une étrange odeur vient nous chatouiller régulièrement les narines : nous finissons par comprendre que ce sont les fèves de cacao séchant au bord de la route qui dégagent ce parfum. Le chauffeur prend son temps sur des routes qui serpentent dans la jungle et franchissent quelques sommets. Certains tournants révèlent de jolies vues sur les chaines de volcans endormis et couverts de végétation vert d’eau, ou bien sur la côte bordée d’eau turquoise. Les collines et montagnes prennent des formes douces et inhabituelles. Hormis la route que nous empruntons et qui traverse quelques villages aux toits de taule et aux tombes trônant devant les maison, aucune autre infrastructure ne vient perturber la nature : les habitants doivent se rendre majoritairement à pieds via des sentiers de fortune jusque dans leurs champs. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un warung tenu par des sœurs et discutons avec un indonésien qui y fête son anniversaire...de la veille. Il partage volontier ses différents plats quand il apprend que Céline a elle aussi « soufflé » ses bougies à la même date.

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Lorsque nous arrivons à Moni, le Kelimutu se cache derrière quelques nuages. Depuis la terrasse de la guesthouse nous bénéficions d’une vue panoramique sur le clocher de l’église, quelques champs verdoyants, la mer et les pentes du volcan. A quelques pas de là, nous observons des jeunes jouer au billard dans un bar aux couleurs du Ché et de Bob Marley. Le lieu respire le désœuvrement. Une marche vers les abords du village nous conduit à une jolie cascade. Surplombant la chute d’eau, un hameau se cache dans la verdure. Nous y rencontrons une jeune indonésienne, Agnès, dont les difficultés pour se faire un peu d’argent nous attristent. Nous ne le savons pas encore mais c’est toute l’ile qui est plongée dans cette ambiance pesante.

A 3h30 le lendemain, le réveil sonne : il est temps de se lever pour rejoindre le Kelimutu et y assister au levé du soleil. En pointant le nez hors du bungalow, nous nous rendons bien compte que le temps n’est pas à la fête : d’épais nuages se sont installés sur le sommet. Mais notre hôtesse, qu’il a fallu prier pour avoir un petit-déjeuner, nous presse et nous pousse à nous rendre sur place : peut être le temps se sera-t-il découvert d’ici le levé du soleil. Malheureusement, c’est le scénario opposé qui se joue au sommet : un épais brouillard, un vent glacial et la pluie nous accueillent et masquent tout le paysage. Nous ne distinguons aucun des trois cratères promis, sans parler des lacs aux couleurs particulières. Nous patientons tout de même 5 heures (!) dans le froid, et finissons par entre-apercevoir un peu de bleu, un peu de vert, un peu de noir, mais rien qui n’arrive à nous réchauffer le cœur. Plutôt que de redescendre en bémo, nous parcourons les 19 kilomètres à pied : le matin même, dans l’obscurité de la nuit, nous n’avions pas pu profiter des paysages qui alternent jungles et champs de riz en terrasses. Fatigués, nous parcourons la distance à pas d’escargots, nous réfugiant sous de grands arbres à chaque averse. L’idée de prendre un bain chaud nous tarabuste, mais lorsque nous arrivons aux sources promises par le Lonely planet, nous n’osons même pas nous y baigner. Il s’agit en fait, au milieu de quelques maisons, de deux piscines pas très propres dans lesquels les locaux se lavent et font leurs lessives. Rien à voir avec les sources naturelles aux milieux des rizières auxquelles nous nous attendions.

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Pour nous ragaillardir après cette journée épuisante, nous dégustons un excellent repas traditionnel dans un petit restaurant qui vient d’ouvrir. Même si les méthodes de vente du jeune patron sont parfois un peu maladroites (il nous a tout de même demandé une caution pour s’assurer de notre venue), nous apprécions de discuter avec lui et écouter les difficultés de la vie et de l’entrepreneuriat sur l’ile. Pour ne rien gâcher, le repas est un des meilleurs que nous ayons dégusté depuis bien longtemps : soupe de légumes grillés, poulet en sauce coco caramel et riz cuit dans des feuilles de palme. De plus, c’est un des seuls autochtones qui a accepté la négociation : la majorité d’entre eux semblent préférer ne pas travailler plutôt que de gagner un peu moins que le chiffre qu’ils se sont définitivement collés dans la tête.

Moni est en effervescence le lendemain : c’est jour de grand marché et tous les villageois des environs sont descendus pour vendre leur production. Un marché de plus comme dirait Quentin, mais celui-ci se révèle finalement assez instructif sur le niveau d’extrême pauvreté de la population : ce n’est pas l’opulence du sud-est asiatique et de nombreuses femmes n’ont que quelques légumes à proposer et seul le troc (3 carottes contre un chou) peut alors jouer. Le tour est rapidement fait et complété par un coup d’œil sur les maisons traditionnelles où officie le chef du village.

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Notre hôte nous attrape un bémo qui se rend à Bajawa, notre prochaine destination et que Quentin négocie à un bon prix. Et nous revoilà partis pour 5 heures de montagnes russes. Le van va vite et nous ne pouvons pas profiter comme nous le souhaitons des paysages : de jolies vallées encaissées au fond desquelles coulent des rivières, des plaines de rizières…Sous le ciel gris tout parait un peu moins sexy mais nous ne pouvons nous empêcher de penser que, peut-être, avec notre propre moyen de transport tout serait un peu différent et nous n’aurions pas l’impression de survoler cette ile.

A la descente du Bémo, nous avons le malheur de ne pas faire l’appoint en payant (200 000 pour 3 au lieu des 180 000 Rp négociés). Sans que nous ayons le temps de dire ouf, le chauffeur décide de repartir en trombe avec notre monnaie. Nous restons quelques minutes cois, tandis qu’une longue file de Bémos nous interpelle pour aller en ville. C’est la première fois qu’une telle mésaventure nous arrive et finalement nous ne sommes pas plus étonnés que cela. Nous décidons tout de même de faire la grève des Bémos et partons à pied vers le centre. Par chance, quelques mètres plus loin, nous nous faisons prendre par une voiture de touristes qui va au même endroit que nous. Comme une mauvaise chose n’arrive jamais seul, alors que nous sirotons un jus de fruit, Quentin s’aperçoit qu’il a laissé tomber son téléphone dans le fameux Bémo voleur (il n’y a donc aucune chance de le retrouver) alors qu’un charmant groupe d’enfants fait des doigts d’honneur par la fenêtre…Décidé à ne pas laisser passer cela, Quentin suit les gamins partis en courant jusque dans leur famille. S’en suit alors une scène surréaliste où les adultes entourant l’enfant tout penaud essayent de faire croire que le signe n’était pas un doigt d’honneur mais un geste « genre rappeur » fait avec un autre doigt. En argumentant pendant un bon quart d’heure sur le fait que « non, il est possible de distinguer un majeur d’un index à moins de 2 m », l’enfant finit quand même par s’excuser malgré l’hilarité de nombreux adultes l’entourant. Espérons que cela lui aura servi de leçon (il a eu quand même un peu peur)… ou pas...

La ville de Bajawa ne présente malheureusement pas plus d’intérêt que les autres villes que nous avons traversé sur Flores. Désœuvrement et guides en attente du touriste dans un décor de tôles rouillées et de béton ne font en effet pas rêver. Le lendemain, le ciel nous accorde un petit répit et nous sommes en mesure de louer deux motos dont une avec chauffeur pour Christine pour visiter la région. Le volcan principal dévoile enfin son sommet et après une petite heure de conduite sur de jolis chemins arborés, nous nous arrêtons quelques minutes pour admirer le panorama. La visite se poursuit par un village « typique » : les maisons avec leurs hauts toits de chaume sortent effectivement de l’ordinaire mais le tout ne nous convainc pas. Nous imaginons très bien les hordes de touristes en pleine saison déambulant dans le minuscule village et achetant les ikats que tissent les femmes pour passer le temps. Pour nous délaisser un peu l’après-midi, notre moto-guide nous conduit à des sources chaudes. Encore une fois, nous qui nous attendions à nous baigner à l’arrache dans la nature, nous nous retrouvons dans une sorte de complexe où les jeunes, qui ne semblent pas avoir vu d’occidentaux en maillot de bain auparavant, nous dévisagent pendant près de deux heures et prennent des photos sans grande discrétion !

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N’ayant aucune raison de nous attarder plus dans la région, nous repartons le lendemain vers l’extrémité ouest et dernière destination de l’ile, Labuanbajo. 10 heures de bus, ce n’est pas un problème après quatre mois de baroudage ; mais dans un bus bondé où des poulets vivants empestent l’atmosphère, où les hommes fument sans cesse, et sur des routes dont les lignes droites ne font pas plus de 50m, ça devient l’enfer. Pour « parfaire » la journée, nous arrivons à la nuit tombée et sous un gros orage à l’hôtel qu’on nous avait recommandé : manque de pot, il n’y a plus de chambre à moins de 350 000Rp. Nous repartons donc dans le noir avec nos capes de pluie pour trouver un autre hôtel dans la ville, à environs 2 kilomètres. Epuisés et quelque peu énervés de l’aventure (demander simplement sa direction à un taxi peut aboutir à bien 10 minutes d’offre de transport sans réponse à la question initiale…), nous nous couchons en rêvant à des jours meilleurs.

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Le lendemain, le soleil montrant un peu le bout de son nez, nous partons en ville réserver une croisière de 4 jours pour rejoindre Lombok (seule alternative intéressante aux 36 heures de bus et ferry ou à l’heure de vol à prix d’or). Un peu chanceux, nous apprenons qu’il y a un bateau le surlendemain et qu’il peut nous prendre directement sur l’ile de Kanawan située juste en face de Labuanbajo où nous avions décidé de passer une petite journée. Tout se goupille donc bien. En arrivant sur Kanawan le lendemain, nous y découvrons une ile minuscule sur laquelle les logements sont assez sommaires mais assez agréables avec des très jolies coraux moux à quelques mètres du rivage.

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Date : du 30 Avril au 7 Avril

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