Agra: pingouins dans la brume


Levés à 6h30 au doux son d’un groupe électrogène et bien décidés à voir un lever de soleil sur le Taj Mahal, nous déchantons dès le perron de l’hôtel en voyant l’épais brouillard qui ensevelie Agra. Nous poursuivons tout de même en espérant qu’un petit rayon de soleil nous permettra d’apercevoir cette jolie sépulture.

Une fois à l’intérieur du site, nous comprenons rapidement que les belles vues qui font la réputation du site classé ne seront pas pour nous. Nous visitons donc le site sans conviction dans une atmosphère fantomatique, le souvenir de photos d’amis posant en short devant le Taj Mahal rendant ce froid encore plus glacial.
Au bout d’une grosse heure, frigorifiés malgré nos polaires et manteaux, nous sortons du site pour aller prendre un chaï thé chaud comme d’autre prendrait un vin chaud en hiver… Le site étant fermé l’après midi pour la  visite d’une délégation du Commonwealth et le vendredi pour la prière, la malédiction du fog commence à nous peser. Dépités d’avoir raté l’immanquable, nous continuons sans grande conviction la visite d’Agra en passant un peu de temps au Red Fort, une magnifique garnison de type moghol.

Miraculeusement, de timides rayons de soleil éclaircissent enfin ce ciel maussade. Nous décidons alors de retourner au Taj Mahal : même si ce n’est pas un grand ciel bleu, nous ne pouvons concevoir de rater un tel monument dès le début du voyage…A l’entrée, comme nous nous en doutions, nous sommes contraints de repayer 1500 roupies, pour quelques photos qui nous laisseront l’impression d’avoir été un peu volées (le site fermant une demi heure après). Enfin nous découvrons le Taj Mahal dans tout ce qu’il impose, mais avec un regard beaucoup plus critique, et peut être aussi un peu refroidi par l’expérience matinale…Nous chercherons la splendeur décrite par tant d’écrits mais nous n’arriverons pas à nous extasier devant ce paysage « carte postale »

Ragaillardis, nous décidons de poursuivre notre visite de la ville en rickshaw dans le nord d’Agra: s’enchainent alors quelques mausolées, dont l’Itimad-Ud-Daulah alias le « baby Taj »  qui nous laissera comme impression, certes d’être moins imposant, mais d’être plus travaillé et peut-être plus abouti que le big Taj.

Sur le retour, nous nous décidons à aller parcourir l’arrière du Taj Ganj, un quartier se trouvant au sud de site du Taj Mahal. A deux pas de la route principale, les gens paraissent déjà intriguées de voir deux jeunes se balader ainsi dans leur quartier : en général les touristes ne s’aventurent pas trop dans ce dédale de rues. Pourtant, c’est un véritable morceau de vie que nous découvrons. Les petites échoppes se succèdent avec chacune ses spécialités : maraichers, couturiers, fabricants de chaussures, marchands d’épices…Un marché très bariolé qui révèlent plusieurs aspects de la société : la majorité des tenanciers sont des hommes voire de très jeunes hommes, les femmes portent de lourd fardeau sur leur tête, les enfants courent dans les ruelles commissionnés par leurs parents…

Nous enfonçant dans cette ville dans la ville, nous découvrons les quartiers plus « résidentiels » : même si la curiosité est forte que de pénétrer dans une maison pour y découvrir son organisation, nous nous limitons aux premières impressions. Les habitations, dont les constructions sont pourtant typiques, sont malheureusement assez délabrées, les couleurs passées ; les habitants pompent de l’eau presque directement des caniveaux ouverts où l’on voit voguer toutes sortes de détritus. Enfin, les hommes vivent au milieu des animaux : depuis les chiens errants, jusqu’aux cochons, en passant par les vaches et les chèvres parfois affublés de drôles de vêtements…

Nous poursuivons notre route jusqu’à nous perdre. Après quelques rues et un don d’orientation sans pareil, nous finirons par hasard par nous retrouver au pied de notre hôtel…

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