Marlargüe : perdus au milieu des volcans !
A bord de notre petite Suzuki toute neuve (mais dénuée d’autoradio), nous partons à la conquête des routes argentines et parmi elles, la plus mythique : la Ruta Nacionale 40, s’étendant du sud de la Patagonie à la frontière bolivienne au nord.
Dès la sortie de la ville, le décor est planté : au fond à droite le massif andin, à ses pieds les vignobles qui ont faits la réputation de Mendoza, et enfin, à gauche la pampa. Même si les plantations aux dimensions gargantuesques et à l’esprit industriel n’ont pas le charme de leurs cousines françaises, le contraste entre les vignes rougeoyantes de cette fin d’automne et les sommets éternellement enneigés est frappant, sous un soleil radieux.
Par endroit, la route ne devient plus qu’une piste empruntée par des gros camions, des pickups 4x4, des voitures poubelles parfois françaises… et nous, dans notre petite auto de tourisme ! Nous ne manquons pas de saluer les routiers que nous croisons sur ces portions de routes qui sont parfois complètement désertées
Les kilomètres défilent dans des paysages désertiques, soudain rompus par l’apparition d’un volcan ou d’une retenue d’eau créée pour les besoins d’un barrage hydraulique. Malgré une certaine monotonie, nous ne nous lassons pas de la beauté du panorama sur les Andes. Tout ceci nous rappelle l’Islande mais en tellement plus vaste et plus grand !
A notre arrivée à Malargüe, nous nous dirigeons vers l’office du tourisme puis des agences privées en vue d’organiser une excursion pour le lendemain à la Reserva Natural La Payunia, raison de notre venue jusqu’ici. Nous apprenons alors que la sortie coûte 300 pesos par personne (60€) et nécessite un minimum de 5 visiteurs. En cette saison très peu touristique, la première excursion proposée ne peut avoir lieu que 4 jours plus tard. C’est sans dire que c’est impossible pour nous d’attendre aussi longtemps ! Nous sommes un peu déçus, d’autant que l’obligation de passer par des organismes privés pour un parc public nous semble un peu déplacée. Tant pis : la région semble offrir bien assez d’attractions pour occuper notre journée du lendemain.
Nous dégotons pour la nuit une charmante auberge « écologique » au milieu des champs, à la sortie de la ville. Nous sommes presque seuls à occuper les lieux : seul le pseudo-gérant, un fabricant de bijoux artisanaux très porté sur le bio, partage avec nous le grand espace commun doté d’un poêle bienvenu. Malgré une température limite, nous nous sentons à l’aise dans cette drôle de bâtisse, faite de murs en terre où des bouteilles sont insérées en guise d’ouvertures.
Le lendemain matin, après une nuit un peu fraiche, nous continuons notre descente de la route 40 et nous nous arrêtons à la Cascada de Manqui Malal aussi réputée pour ses restes fossiles. La cascade n’a rien d’extraordinaire à part la forme de gargouille d’où s’échappe le mince filet d’eau, mais nous nous attardons quand même sur les explications du guide concernant la soudaine et momentanée élévation du niveau d’eau lors des grosses chaleurs estivales. Il nous parle d’étanchéité des pierres et de surpression soudaine, tout ça en espagnol ! Nous le questionnons également sur le caractère de propriété privée du site : en Argentine, il est tout à fait possible d’acheter des hectares et des hectares de terre et d’y rechercher un intérêt touristique qui pourra faire, par la suite et si les conditions d’équipement sont remplies, l’objet d’un classement comme réserve naturelle.
Etant quand même tout près du parc de la Payunia, nous décidons d’y jeter un coup d’oeil. Cela nécessite d’emprunter des routes indiquées comme peu carrossables sur nos cartes, mais nous tentons quand même le coup. Au début, tout va pour le mieux : la RN 40, asphaltée, s’étire le long du Rio Grande. Nous ne pouvons nous empêcher d’entonner l’air d’Eddy Mitchell tout en piqueniquant face aux méandres de cette belle rivière. Nous y apercevons même subrepticement quelques flamands roses, peut-être égarés en cette saison.
Après avoir traversé la Pasarela, qui enjambe le mini-canyon formé à cet endroit et conduit à l’intérieur du parc, l’état de la route devient beaucoup plus incertain. Ou plutôt l’état DES routes, car ce sont progressivement plusieurs chemins, partant dans des directions opposées, parmi lesquels il faut se diriger, et notre carte n’est plus assez précise pour être complètement sûrs de notre localisation. La chaine des volcans étant devant nous, nous continuons tout droit. Persuadés d’être proche de l’entrée (nous sommes curieux), nous décidons de prendre une route bien plus faite pour des 4x4 que pour notre petite voiture.
Après environ 5 km douloureux pour son châssis, nous retrouvons une meilleure route, que nous pensons être la bonne. Nous y croisons de nombreux camions certainement amusés de nous voir ici, ainsi que des sites d’extraction de pétrole disséminés sur les collines. Plus du tout surs de nous, nous profitons de l’apparition d’une usine de pétrole pour demander notre direction. Nous continuons alors plus sereinement, étonnés de retrouver le Rio Grande alors que nous pensions l’avoir laissé à une bonne vingtaine de kilomètres derrière nous. Comment sommes nous arrivés ici, par quelles routes et, surtout, sans crever : mystère ! Les paysages en tout cas en valaient le coup.
Date : du 4 au 5 Juin
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